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Le divorce aux cèpes
Par Stéphane Cosson le 21 octobre 2006
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Pour une fois, histoire de changer un petit peu d'air, j'avais envie de vous raconter une anecdote trouvée au cours de mes recherches. Elle m'a semblé tellement particulière que j'ai eu envie de vous la faire partager.
Je l'ai intitulée : le divorce aux cèpes.
Nous sommes en 1885, le divorce vient d'être autorisé à nouveau. Césaire est marié à Orancie, demoiselle de bonne famille, catholique pratiquante, de qui il a eu six enfants. Mais Césaire s'ennuie avec Orancie et est donc allé voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Il a rencontré une demoiselle accorte, plaisante, et, à cette époque où la contraception est quasi-inexistante, il est arrivé ce qui devait arriver : ladite demoiselle a accouché d'une petite Justine.
Césaire est bien embêté mais reconnaît l'enfant comme lui appartenant, née de ses oeuvres. Cette naissance, à laquelle il ne s'attendait pas du tout, a été un déclic pour lui. Césaire demande le divorce et quitte le domicile conjugal pour s'installer avec la maman de Justine. Catastrophe pour Orancie !
J'ai pu retrouver les négociations entre Césaire et Orancie, notamment ce qu'a écrit Orancie pour faire changer son mari d'avis. Elle traite bien sûr la demoiselle de gourgandine, de courtisane et la voue aux gémonies. Il est hors de question pour Orancie d'accepter ce que lui demande son mari. Divorcer, jamais ! Sa religion le lui interdit. Et puis quelle honte pour leurs enfants ! Qui voudrait s'unir avec un enfant de divorcé ? Personne bien sûr ! Veut-il vraiment cela pour ses enfants ? Elle est persuadée que non.
Une partie de ses divers courriers m'a intrigué. Orancie demande à son mari de revenir, qu'elle veut bien accepter la séparation de corps de bien, à la rigueur, mais pas plus. Et surtout, elle a pris un avocat à qui elle écrit son incompréhension. Son Césaire a quitté le domicile conjugal, certes, mais... il a laissé toutes ses affaires. Il n'a rien déménagé ! La seule chose qu'il a emporté avec lui ? Des conserves de cèpes ! Et rien d'autre ! Certes, il les avait fait cueillir. Mais sans plus. Ce n'est pas à un homme de s'en occuper ensuite. Cette tâche avait été réservée à la domesticité. Pourquoi ces conserves de cèpes ? Elle n'en sait rien. Va-t-il revenir ? Son avocat peut-il l'éclairer sur ce point ? Malheureusement, non !
Comment l'affaire s'est-elle terminée ? Césaire est revenu au domicile conjugal (avec les conserves de cèpes auxquelles il n'avait pas touché) mais... pas seul. Justine et sa mère l'accompagnaient. La séparation de corps et de bien a été prononcée. Et Orancie a continué de voir une autre faire des enfants à son mari après avoir obtenu ce qu'elle voulait. Mais à quel prix ?
Commentaires
Rédigé par: Thierry Sabot | 21 oct. 06 18:42:25
Bonsoir,
D'habitude je me contente de lire fidèlement vos textes... mais cette fois, votre singulière et amusante histoire me donne l'occasion d'intervenir pour vous suggérer d'indiquer les sources utilisées (de quel type de documents s'agit-il ? Quelle série d'archives ? Archives privées ? Merci pour la précision...)
Enfin, je voudrais apporter une précision qui permet peut-être d'éclairer le texte : En 1884, la loi rétablit le divorce civil, mais le divorce par consentement mutuel n’est pas autorisé : la loi porte indirectement atteinte à l’autorité parternelle car le droit de garde des enfants est enlevé au père contre qui le divorce est prononcé.
Après réflexion, le père s'est peut-être rendu compte que ses enfants étaient au moins aussi importants que ses bocaux de champignons !!!
Sincères salutations,
TS
Rédigé par: Stéphane Cosson | 22 oct. 06 11:15:32
Bonjour,
Effectivement, j'aurais dû préciser dans mon texte qu'il s'agit d'archives privées familiales que j'ai eu le droit de consulter. Bien évidemment, j'ai modifié les prénoms et c'est la raison aussi pour laquelle je n'ai donné aucune précision de lieu, de nom de famille et de date précise. Afin de respecter le plus possible l'anonymat de cette famille, même si l'affaire a plus de 100 ans. Cela me semblait plus respectueux vis-à-vis d'eux.
Merci pour vos précisions concernant le divorce.
Cordialement,
Stéphane Cosson
