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Un généalogiste professionnel peut-il être mercantile ?
Par Stéphane Cosson le 6 juillet 2008
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(6) Commentaires | Permalink
Mon expert-comptable me l'a dit et redit et redit encore : pour pouvoir nous en sortir, il nous faut proposer des produits. Même si j'arrive à avoir des idées, à y penser et repenser encore, je me rends compte que j'ai du mal. Et pourtant je m'y lance. Mais... Parfois à reculons, parfois sans me poser de questions.
Cela fait tellement peu partie de la culture du généalogiste professionnel. Ma grande interrogation, pour le moment, est la suivante : un généalogiste professionnel peut-il être mercantile ? Dit autrement : puis-je vendre ce que j'appelle de la soupe, un produit bâteau, tiré au kilomètre, sur lequel je bâtis mes revenus ? Vais-je y perdre ma crédibilité, ma réputation acquise depuis maintenant huit ans, ou pas ?
De cette réponse va surgir tout le reste.
Mercantile. Le mot est lâché. Le Robert nous donne comme définition : digne d'un commerçant, cupide, d'un profiteur. Pour moi qui, au départ, me demandait si un généalogiste pouvait être un commerçant, me voilà bien monté, tiens. " Cupide, digne d'un profiteur". Rien que ça !
Une personne cupide est une personne avide d'argent, âpre au gain. Un profiteur est une personne qui tire des profits malhonnêtes ou immoraux de quelque chose.
Ma conception du généalogiste professionnel, en lisant ces définitions, change du tout au tout. Je comprends mieux pourquoi cela m'interroge. C'est vrai : d'une certaine manière je passe de la conception du chercheur pur, bénédictin, qui gagne trois francs six sous en tirant l'âne par la queue, à une sorte de rapace sans foi ni loi. Bon, il doit y avoir comme toujours une possibilité de me trouver dans un juste milieu. La généalogie professionnelle, ce n'est pas Faust non plus. Cela se saurait !
Je vais me contenter de la première définition : digne d'un commerçant. Car ça, cela me va. Là, je m'y reconnais. Un commerçant, c'est quelqu'un qui gagne honnêtement sa vie. Enfin, que je sache ! Dans ce cadre-là, je peux proposer des lignes de produits, voire même des collections de produits. En tant que commerçant, je peux même faire du merchandising, c'est-à-dire présenter mes produits en m'appuyant sur l'analyse du comportement des consommateurs et visant à accroître l'écoulement de ces premiers sur mes points de vente.
Après tout, des associations de généalogie ont bien modifié leur comportement, en transformant leurs adhérents en clients potentiels. Pourquoi pas moi ? Et puis, je peux tirer mon métier vers le haut. Ma conception du produit bâteau tiré au kilomètre n'est pas forcément la meilleure des conceptions. J'ai suffisamment d'imagination pour proposer autre chose et continuer petit à petit mes réflexions.
Commentaires
Rédigé par: minus | 24 juil. 08 15:53:17
Monsieur Cosson,
La généalogie mercantile existe. Elle s'appelle M. Beaucarnot & cie, ou l'art de ne plus passer sa vie dans les archives mais plutôt à promouvoir les produits dérivés de la généalogie.
Personnellement, j'ai mis la clef sous la porte, et préfère rester aux archives. L'air y est plus frais ...
Rédigé par: Stéphane Cosson | 24 juil. 08 16:27:32
Nous sommes tout à fait d'accord sur le sujet.
Même si, parfois, la petite laine est obligatoire dans certains dépôts quand la climatisation est trop poussée.
Rédigé par: minus | 13 août 08 05:24:21
Bonjour Stéphane,
De toutes façons, cette "clic" ayant eut les moyens de se faufiler dans la brèche du mercantile avant tout le monde, nous, pauvres passionnés, n'avons d'autres choix que de suivre ou crever.
Mais suivre quoi ? Devenir auteur ? Ecrivain ? Attendre qu'on puisse être éditer dans les revues qu'ils monopolisent déjà ? Ou écrire le énième "généalogie pour les nuls" en espérant gagner trois sous ? Est-ce cela la généalogie professionnelle ?
S'ils avaient pensé un minimum à long terme ( autrement dit, plus loin que le bout de leur nez et leurs petits intérêts personnels), je doute qu'ils eurent joué le jeu de l'internet à ce point.
Ils ont eux mêmes tués leur métier, mais ils s'en foutent, ce n'est ni l'exactitude des infos désormais en ligne qui les intéressent, ni la Vérité Généalogique, pas plus que la mise en valeur d'un art désormais bâtard.
Non, ce qui les motivaient, c'est s'installer dans le fauteuil ô combien convoité des chroniqueurs, assoir du même coup leur notoriété qu'ils n'emporteront pas dans la tombe.
Les autoroutes de la communication ... elles sont belles, avec leurs erreurs rebondissantes de sites en sites, le copier-coller qui oublie de noter sources et s'enrichit au passage de coquilles ...
Non, ce n'est pas de la généalogie en ligne. C'est l'accumulation partagée de sotises en ligne.
Et tout ceci sous le regard attendri des associations loi 1901 à but pseudo non lucratif, mais aussi et toujours avec la bénédiction de ces "pontes" qui désormais travaillent au chaud dans leur petit bureau, avec leur connexion internet, et pondent des articles, ou des bouquins, plus ou moins pertinents, réalisés non pas grâce à leurs recherches propres mais grâce à celles qu'ils peuvent repiquer sur le net.
Finalement, il ne reste que la généalogie successorale pour les professionnels réellement et sincèrement passionnés. Mais là encore, on bat en brèche leur monopole limité avec la loi de juillet 2008, en réduisant leur attribution à 75 ans d'archives modernes protégées.
La question finit donc par évoluer. S'agit-il de mercantilisme pour avoir droit de survivre ? Ou bien fallait-il s'interroger deux minutes sur des questions tels que droits d'auteurs & internet, respect de la vie privée & mise en ligne, formation diplômante & archivisme, avant de s'étonner que nous n'avons plus de travail ?
En attendant, genealogie.com est coté en bourse, mais je me demande combien de ses employés sont foutus de déchiffrer un texte du 15ième siècle ...
Quand je disais quel était mon métier, 10 fois sur 12 on me demandait : "Géné quoi?? Ahhh généalogue ..." et je répondais, calmement, " Non, généalogiste. Comme archiviste".
Elles me font sourire ces asso de géné pro ... En 400 ans d'existence de cette activité, depuis les plus célèbres comme Hozier au plus médiatique comme Beaucarnot, finalement, nous n'avons jamais été capable de nous faire connaître sans tomber dans ce qui est aujourd'hui de la "pâté pour les cochons"... ou plus exactement, l'OGM des arrivistes ...
Oui, la généalogie a muté, mais la définition avec ...
Rédigé par: Stéphane Cosson | 13 août 08 08:32:32
Bonjour,
Je vous trouve bien pessimiste, même si je suis d'accord avec vous sur certains points.
La généalogie a muté ? Mutons avec ! Il y a certes la généalogie en ligne, mais après tout si elle peut aussi nous rapporter des sous pourquoi pas ?
En tant que généalogiste, je me considère comme un passeur entre les actes et mes clients. Je me considère comme un déchiffreur d'actes. Je ne fais pas la généalogie de mes clients. Je déchiffre les actes dont ils ont besoin pour pouvoir la faire. La nuance est d'importance.
Mais du coup, je me constitue des bases de données, avec références, que je peux commercialiser. Puisque commercialisation il y a, autant être aussi dans ce mouvement mais en gardant le profil du professionnel.
Je suis parti du principe que la généalogie pouvait explorer d'autres mondes. Ouvrons le champ des possibles. Où n'est-elle pas allée ? Où n'iront-ils pas, ces "pontes" ? Où puis-je me créer du travail, des nouveaux clients ?
Il y a des difficultés ? Vous parlez de survie. Certes mais... Repensez le métier. Quelle est votre originalité, ce qui fait que les gens viennent vers vous ? Vous êtes capable de déchiffrer un acte du XVe comme s'il s'agissait de votre quotidien ? Faites votre pub là-dessus, peu de professionnels vous suivront.
Personnellement, c'est la réflexion que je mène depuis deux ans. Et la mise en ligne des archives dans mon département n'a pas eu d'influence sur mon CA. Je n'ai pas perdu de clientèle. Un confrère s'est installé ? Je n'ai pas perdu de clientèle, preuve qu'il y a de la place pour deux.
Il faut penser autrement notre métier. Nous ne sommes plus ni à l'époque de d'Hozier, ni à l'époque de Beaucarnot.
Rédigé par: minus | 13 août 08 11:56:56
Re Bonjour
Je ne suis pas pessimiste, du tout.
Seulement, en comparaison, si la médecine a évolué, fort heureusement, le médecin a toujours pour rôle de soigner et les gens continuent de croire en son jugement, même s'il y a des ratés, ou que la para-pharmacie et l'auto médication co-existent et s'épanouissent.... Ca n'est pas parce que le Vidal est en ligne que la petite vérole est réapparue ...
Hors là nous sommes dans une situation différente. C'est un peu comme si on retournaient voir le rebouteux et qu'on finissait chez le médecin quand la situation est trop grave ...
En pareille situation, je vois mal les médecins se mettre à prier pour ramener le patient dans leur cabinet ...
En réalité, le rebouteux, s'il a parfois des connaissances, n'en est pas moins bien souvent un usurpateur, et ses pratiques sont "arriérées".
Aussi, je ne pense pas qu'il s'agisse de redéfinir un métier, mais plutôt de trouver une nouvelle terminologie à une activité nouvelle ...
Déchiffreur d'actes ... c'est une idée. En tout cas, ça a déjà plus de sens qu'écrivain ou pigiste ...
Au final, le généalogiste, littéralement, celui qui pratique la généalogie, est le bon vieil apothicaire ...
De nos jours, tout le monde est capable de se mettre un clou de girofle sur la gencive quand on a une rage de dent.
Nous sommes "dépassés".
Reste que certains confondent le clou de girofle et le laurier rose. Et personne désormais ne sera là pour prévenir les dégâts.
Et ce n'est certainement pas le rebouteux, alias certains sites internet, qui viendra faire de l'information. Non, lui, il fait de la désinformation, et s'en met plein les fouilles au passage.
(Dieu que cet exemple était tordu à trouver :::)
Bien à vous
Rédigé par: Stéphane Cosson | 13 août 08 17:08:38
Re-bonjour,
Par rapport à votre exemple : le rebouteux n'a pas disparu du fait de l'arrivée de la médecine chimique et des médecins, il existe toujours. Il se fait payer différemment, il agit différemment que le médecin. Ses pratiques ne sont pas arriérées, elles sont "autres". Penser le rebouteux en usurpateur veut dire que seul le médecin est légitime.
Médecins et rebouteux vivent en parallèle, parfois de manière antinomique en s'ignorant, parfois de concert. Je connais, pour certaines maladies, des médecins qui envoient leurs patients chez les rebouteux.
L'un n'empêche pas la vie de l'autre. Mais c'est le médecin qui effectivement gagne sa vie, pas le rebouteux.
Si le rebouteux veut gagner sa vie de son art, de ses connaissances, il faut qu'il devienne médecin. Simplement parce que seul le médecin a un diplôme qui lui autorise une parole.
Attention, toujours pour rester dans votre exemple : le Vidal ne soigne rien et ne soignera jamais rien, ce sont les médicaments répertoriés dans ce dictionnaire qui soignent. Ne confondons pas. Le Vidal n'est qu'un outil et rien d'autre.
Pour en revenir au domaine de la généalogie, les bases sur Internet ne sont qu'un outil. Et personnellement je ne les vois que comme cela. Pour rester dans l'image médicale, elles ne sont pas le médicament universel. Elles ne peuvent "recracher" que ce qui y a été mis dedans. A nous d'y mettre aussi quelque chose.
Il existe des laboratoires : les sociétés commerciales. En tant que rebouteux, allons les voir. On pourra sans doute leur donner des exemples de plantes qui soignent et qu'ils ne connaissent pas.
Pour moi, ce n'est pas non plus une question de prière ou de croyance. Je suis beaucoup plus terre à terre. La généalogie n'est pas une foi, c'est un commerce. En tout cas quand elle se professionnalise. C'est certes une passion, mais là encore nous ne sommes pas, du moins pour moi, dans le même domaine affectif.
Nous ne sommes pas "dépassés". Sinon cela veut dire que le métier est déjà mort, à peine né. Nous nous devons d'évoluer, nous aussi. L'apothicaire d'antan est devenu pharmacien aujourd'hui.
Cordialement
Stéphane Cosson
