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De l'Internet aux registres
Par Stéphane Cosson le 7 novembre 2008
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J'étais hier aux Archives, en train de faire une recherche pour un de mes clients habituels. Comme d'habitude, je déroulais minutieusement mon rouleau de microfilm, histoire de ne pas oublier un membre de la famille que je recherchais.
Quand, en début d'après-midi, est venu s'installer, à côté de moi, un monsieur avec sa généalogie récupérée sur Internet, avec des dates certes, complètes ou pas, des lieux le plus souvent mais sans aucune référence...
Il venait effectuer des vérifications, chercher des compléments qu'il n'avait pas trouvé sur Internet, sur les sites commerciaux. Et, visiblement, c'était la première fois qu'il se confrontait aux registres.
Comment ? Tout n'est pas saisi ? Fut sa première réflexion, dès son installation devant le lecteur de microfilms. Et bien non, monsieur ! Et comment je fais pour chercher ma famille ? Il faut dérouler le microfilm ? Il n'y pas d'index, un moyen d'aller plus vite ? Non ? Mais je vais y passer un temps fou !
Une fois le microfilm installé, il commence donc à lire celui-ci. La responsable des archives, penchée derrière lui, y va de son couplet, histoire de lui mettre un peu plus de pression : Boudu ! Boudu ! Boudu !Boudu ! Boudu ! Les registres paroissiaux ! Mais cela va être difficile ! Aaahhh! Vous vous attaquez à fort, hééé !
Qui plus est, malchance, à un moment, il tombe sur une partie où l'encre a bavé, traversé le papier. Bref, des pages quasiment blanches, que des yeux aguerris peuvent lire. Mais des yeux débutants ? Mais c'est illisible ! Et comment vous faites ?
A un autre moment, paf ! Le nom de la mère ne correspond pas : Celui qui est sur le registre n'est pas celui qu'il a eu sur Internet. Et lequel est le bon maintenant ? Qui croire ? C'est là où nous nous sommes mis à discuter.
Même s'il comprenait que je pouvais être passionné, même s'il s'est pris au jeu au bout d'un moment, ce n'était pas simple pour lui. Résultat, à la fin de l'après-midi, il me demandait mes coordonnées. Au cas où il ne s'en sortirait pas... Parce que, quand même, j'avais insidieusement glissé que j'étais professionnel. Ne soyons pas bête dans ces cas-là !
Bon, je me moque gentiment, en forçant un peu le trait ! Mais il s'agit de deux mondes différents et pourtant pas si lointains l'un de l'autre. C'est vraiment l'impression que cela m'a donné. Et je me suis dit qu'il y avait encore de la pédagogie à inventer.
Commentaires
Rédigé par: drapeau | 11 nov 2008 21:54:53
je ne suis pas genealogiste professionelle,mais seulement avide de retrouver mes ancêtres,sur 3 branches je suis remontée en 1600,j'ai passé desheures les yeux sur les archives,avec la loupe,en plus rapatriée d'algerie(pas facile)et une branche en espagne que j'arriverai a trouver un jour,pas pro mais seulement passionnée,je laisserai quelque chose a mes petits enfants,
respect pour vos recherches, mais ne vous moquez pas des amateurs,ils y arrivent aussi
Rédigé par: Stéphane Cosson | 12 nov 2008 08:43:15
Bonjour,
Merci pour votre commentaire. Comme je l'ai écrit, je me moque gentiment. J'ai été généalogiste amateur pendant 20 ans avant de passer professionnel. Je connais donc le temps que l'on peut y passer, la passion que l'on peut y mettre comme vous. Tout passionné y arrive parce qu'il y met toutes ses tripes pour cela.
Le monsieur était toutefois tellement caricatural. Il y avait un tel décalage. C'était tellement visible qu'il n'avait jamais mis les yeux, les mains dans les registres.
Il avait commencé sa généalogie, avait bien avancé puisqu'il était arrivé au milieu du XVIIIe siècle. Mais uniquement par Internet. Sauf que la recherche sur Internet et la recherche les yeux dans les registres sont deux recherches complètement différentes. Il ne s'y attendait pas, il ne s'y était pas préparé et il était paumé. D'où les différentes réflexions qu'il a pu faire tout haut.
Ce que je voulais montrer, en forçant un peu le trait mais toujours dans le respect, c'était la confrontation d'un généalogiste amateur habitué uniquement à Internet qui découvre les registres. Parce qu'il y en a grâce au travail de bénédictin fait par les amateurs depuis des années. Deux mondes différents, je le répète. Les yeux dans les registres, quand il n'y a pas de dépouillement, c'est plus compliqué que de chercher sur Internet, parce qu'il y a la paléographie qui intervient, parce qu'il faut tout lire, parce qu'il peut y avoir de l'encre qui a bavé, un papier de mauvaise qualité et que sais-je encore. Et il en était espanté, comme on dit chez moi. Il a pris conscience tout haut de ce fait, des difficultés qu'il allait avoir à l'avenir, de l'apprentissage qu'il allait devoir faire. Et il ne savait pas s'il pourrait aller jusqu'au bout de ces difficultés.
Et nous allons en rencontrer, autant vous que moi, de ces généalogistes qui ont commencé et qui se confrontent à ce type de difficulté en venant aux Archives, qui se rendent compte que faire sa généalogie ce n'est pas aussi simple qu'ils pouvaient le penser. Ce sont des généalogistes "mutants" en ce sens qu'ils font la démarche inverse de nous. Autant vous que moi, nous nous sommes confrontés aux registres dès le départ et Internet est venu ensuite, après le Minitel. Eux ont la démarche inverse. Ils commencent par Internet et ils viennent aux registres quand Internet ne peut plus répondre à leurs attentes. Et cela peut donner ce genre de situation.
Cordialement
Stéphane Cosson
