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Appel pour une généalogie libre

Par Stéphane Cosson le 8 novembre 2009 | (5) Commentaires | Permalink

L'histoire de l'humanité nous montre que l'Homme a besoin de connaître son passé pour construire son avenir. Grâce à ses archives qui figurent parmi les plus riches du monde, les mieux organisées et les plus accessibles, la France donne à chacun et chacune, depuis plusieurs siècles, un accès aisé et gratuit aux documents historiques. Ceux-ci permettent de répondre aux attentes des citoyens de notre pays pour leurs recherches personnelles, qu'ils soient simples curieux, enseignants, historiens, écrivains ou généalogistes. Étudier l'histoire des sociétés contribue à placer l'Homme dans la Cité par la maîtrise de son environnement.

Depuis quelques années, le rapprochement des Français avec leurs archives s'est considérablement développé grâce à la technologie. Plusieurs méthodes ont été employées, que ce soit le microfilmage de l'état civil et des registres paroissiaux grâce à la collaboration avec l'Église de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours (mormons) depuis une quarantaine d'années ou bien la numérisation de l'état civil et des recensements de près d'une soixantaine de départements avec l'aide de société privées, telles le cabinet de généalogie successorale Coutot-Roehrig. Ces procédés de reproduction des documents d'archives ont une vocation citoyenne puisqu'ils sont des facilitateurs d'accès et contribuent ainsi à la construction de l'identité de chaque individu et la sauvegarde des fonds d'archives.

Les différents contrats passés entre les collectivités territoriales et leurs prestataires ont historiquement prévu une copie des travaux de reproduction à l'entité publique détentrice, librement consultable par les chercheurs. C'est ainsi que les microfilms des mormons ont permis à des centaines de milliers de généalogistes de travailler à distance sur leur famille, par la communication des bobines entre dépôts d'Archives départementales ; et les numérisations ont montré les richesses des Archives de France à l'ensemble des chercheurs de la planète via l'Internet. Nous devons, tous ensemble, continuer à démultiplier les possibilités de diffusion multicanaux des données publiques culturelles, librement et gratuitement.

Aujourd'hui, pour certaines sociétés commerciales, la généalogie et tout particulièrement l'accès aux documents d'archives est génératrice de produits financiers importants. À leurs antipodes, des milliers de structures bénévoles, associatives, structurées ou non, réunissent, depuis des décennies, les généalogistes et les historiens qui privilégient le loisir, les échanges et l'entraide plutôt que la génération de chiffre d'affaires.

De récents titres dans la presse nationale nous alertaient sur le risque de voir l'argent prendre le pas sur le plaisir : « des pans entiers de notre état civil vont passer aux mains du privé » (Le Figaro du 22/11/2008). Ces menaces se confirment maintenant par le rapport de la commission Ory-Lavollée préconisant que la réutilisation des données d'archives publiques fasse l'objet de licences payantes. Elles interdiraient de facto la poursuite des projets d'entraide et de partage des archives en octroyant un rôle d'intermédiaire à des sociétés privées, françaises ou étrangères. Se trouvant ainsi en position monopolistique, ces acteurs commerciaux auront clairement pour objectif de rentabiliser leurs investissements en faisant payer ceux qui souhaiteront accéder à l'information.

Nous, acteurs de la généalogie, historiens, archivistes, … utilisateurs réguliers des fonds d'archives français, demandons que les archives publiques demeurent bien commun, pour l'avenir de notre identité et de notre histoire. Refusant la privatisation déguisée de nos archives, nous souhaitons notamment :

  • que les sociétés privées qui numérisent des archives publiques remettent systématiquement à l'autorité détentrice des archives une copie de leur travail, diffusable gratuitement sur Internet, car il en va de la réduction de la fracture sociale d'accès à la culture ;
  • que les particuliers puissent continuer d'écrire leur histoire et d'illustrer les généalogies avec les photographies des actes prises par leurs soins, car elles sont les preuves indispensables de la construction de l'histoire familiale ;
  • que les projets d'entraide et de partage de photographies de registres pris dans les dépôts d'archives publiques puissent se poursuivre librement, car c'est ainsi que nous pérenniserons une histoire commune.
http://www.mesopinions.com/Pour-preserver-une-genealogie-libre-basee-sur-l-entraide-et-le-partage-petition-petitions-21c58251e82d7a3ae9fc5312bcc06c5b.html

Cela peut paraître curieux pour un généalogiste professionnel de lancer un tel appel ? Ne croyez pas. Nous sommes tous concernés. Croyez-vous, parce que je suis un professionnel, que j'aurais plus facilement et plus gratuitement accès que vous ? Que nenni. 



Commentaires

Rédigé par : sousou | 8 nov 2009 11:58:37

Bonjour.

Si jamais le projet doit un jour se concrétiser, il y a la possibilité que le piratage généalogique apparaisse. Par exemple, on peut imaginer qu'une personne généreuse ait accès à un site payant et collecter toutes les informations pour ensuite proposer sa liste d'informations gratuitement à ceux/celles qui désirent mieux connaitre leurs ancêtres.

Je ne me rappelle plus le mode d'opération à effectuer mais au cas où des images scannées seraient protégées à la fois par un système payant et par adobe player (je ne sais plus le nom du logiciel qui interdit de "télécharger sous"), il suffit de scanner sur l'écran comme on scannerait l'écran du bureau de travail. Il suffit de renouveler l'opération plusieurs fois et d'enregistrer ainsi indirectement des images.

Pour le moment, ce n'est pas encore développé mais si des AD franchissent le pas pour des accès payants, des malins franchiront aussi le pas afin d'aider ceux qui n'ont pas assez de moyens. Ce serait le début de l'entraide généalogique basée sur le piratage.

Je ne suis pas surpris qu'une commission préconise des archives publiques payantes pour faire plaisir aux lobbys commerciaux (ce qui est assez probable à mon avis). Cela me rappelle un intense lobbying des Majors et des ayants-droits pour créer la loi HADOPI. Sauf que le cryptage des adresses IP est en train de se multiplier et se multipliera à l'avenir. Une décision injuste ou infondée provoquera toujours un contournement.

Cordialement.

sousou.


Rédigé par : Pierre-Valéry Archassal | 11 nov 2009 01:40:37

Bravo Stéphane,

Ton soutien à cette pétition citoyenne montre que tu as tout compris, contrairement à certains qui seraient censés défendre les généalogistes amateurs et bénévoles au niveau national et qui préfèrent inciter à ce pas signer cette pétition sous prétexte qu'ils n'en ont pas été à l'origine ! Entre les égos surdimensionnés et l'intérêt de tous, tu as fait le bon choix !


Rédigé par : Pierre-Valéry Archassal | 11 nov 2009 01:41:11

Ton soutien à cette pétition citoyenne montre que tu as tout compris, contrairement à certains qui seraient censés défendre les généalogistes amateurs et bénévoles au niveau national et qui préfèrent inciter à ne pas signer cette pétition sous prétexte qu'ils n'en ont pas été à l'origine ! Entre les égos surdimensionnés et l'intérêt de tous, tu as fait le bon choix !


Rédigé par : Stéphane Cosson | 11 nov 2009 09:42:38

Je ne sais pas si j'ai fait le bon choix, Pierre-Valéry. Disons plus simplement qu'il y a des choses qui me paraissent évidentes.


Rédigé par : Stéphane Cosson | 11 nov 2009 09:56:13

Une précision encore : je viens d'aller voir la liste des signataires. Une fois de plus (mais pourquoi est-ce que j'en suis encore surpris, je me le demande), je n'ai pas vu les chambres syndicales des professionnels dans la liste des signataires. De même que je n'ai pas vu non plus le nom de professionnels à titre individuel.
A moins que les individuels soient ailleurs dans la liste des signataires ? J'ai bien évidemment signé.


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