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Faut-il être en bonne santé pour être professionnel ?

Par Stéphane Cosson le 17 mai 2010 | (8) Commentaires | Permalink

A un moment, j'ai lu dans le site de Thierry Sabot, rubrique "généalogiste professionnel" une conversation entre un de mes confrères et une autre personne sur la question de la santé. Faut-il être en bonne santé pour être professionnel ? Mon confrère soutient que oui, irrémédiablement oui, dans cette courte conversation.

Ce n'est pas que je veuille aller absolument contre son opinion, mais j'aurais tendance à dire : pas forcément. On peut être un généalogiste professionnel et avoir une petite santé, voire même en étant reconnu travailleur handicapé. Ce n'est pas incompatible.

Il existe en effet des moyens de protection de son capital santé. Prenons le cas : vous êtes généalogiste professionnel et reconnu par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH, auparavant COTOREP) comme travailleur handicapé. Le pourcentage de reconnaissance importe peu.

Vous pouvez, en tant que professionnel libéral, faire un dossier de Reconnaissance de la Lourdeur du Handicap (RLH) auprès de la Direction Départementale du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle (DDTEFP). Pour cela, un service peut vous aider à le monter : le Service d'Aide au Maintien dans l'Emploi des Travailleurs Handicapés (SAMETH). Si le dossier est accepté, vous pouvez obtenir un maximum de 800 € mensuels pendant 3 ans. Le montant est donné au prorata du temps que vous pouvez travailler. 800 € pour les temps où vous ne pouvez pas du tout travailler. Ensuite, il faut renouveler la demande et vous pouvez la renouveler jusqu'à votre retraite. Cela peut vous permettre de souffler par rapport à votre handicap qui est, mettons, une maladie chronique. Ou autre chose, peu importe.

Vous pouvez aussi contracter une assurance Protection de l'Activité Professionnelle. Si à un moment donné, votre handicap exige que vous vous arrêtiez (arrêt maladie signé de votre docteur), l'assurance peut compléter votre revenu. Cela marche aussi si vous êtes un valide : l'appendicite, se casser un membre qui vous empêche de conduire, donc de vous déplacer dans les services d'Archives pour vos clients, par exemple, cela concerne tout le monde. Pas de déplacement veut dire pas de facturation, pas de rentrée d'argent mais toujours des sorties par contre.

L'essentiel est de pouvoir protéger son capital santé. Il n'en existe qu'un et il n'est pas renouvelable. Ce n'est pas après avoir bossé 12 h par jour, sans vacances, sans week-ends et un burn-out qu'il faudra s'en occuper. C'est trop tard, le corps aura lâché, vous devrez lever le pied. C'est aussi, je crois, en tant que professionnel, quelque chose qu'il faut prévoir, anticiper.

Quel que soit votre état de santé, la généalogie est un métier-passion. Alors foncez, éclatez-vous et n'oubliez pas de vous mettre les garde-fous nécessaires. J'en parle par expérience. C'est un des moyens pour vous de durer. Cela l'a été en tout cas pour moi.



Commentaires

Rédigé par : Céline | 11 oct 2011 18:15:18

Bonjour,

Je découvre votre blog avec beaucoup d'intérêt, et notamment ce post. Je suis travailleur handicapé (TH), avec reconnaissance par le MDPH du fait d'une maladie chronique qui, entre autres choses, nécessite des soins quotidiens et peut entraîner une certaine fatigabilité.
Je suis par ailleurs actuellement fonctionnaire, mais me pose de plus en plus de questions quant à l'évolution que je souhaiterais donner à ma carrière professionnelle, ne m'épanouissant pas à mon travail depuis déjà plusieurs années.
Je suis très intéressée par la généalogie (j'ai réalisé mon arbre et un petit dossier de synthèse pour ma famille... et moi bien sûr !), et je me demande si je ne pourrais pas transformer ma passion en travail. Il faudrait bien sûr que je développe des compétences et connaissances généalogiques et relatives à l'entrepreneuriat, mais ce n'est pas cela qui me rebute, au contraire !
Ayant la "sécurité de l'emploi", ce qui est d’autant plus "appréciable" du fait de mon statut de TH, j'hésite énormément à la lâcher pour partir plus ou moins à l'inconnu (un business plan ne fait pas tout...). Surtout, mon état de santé ne me permettrait pas de travailler 7j/7, 12h par jour, sans vacances pendant 5 ans, comme j'ai pu le lire sur un autre de vos posts...
Je me permets donc de vous demander si vous pensez qu'il peut être envisageable de monter son affaire en n'y consacrant d'abord dans le meilleur des cas qu'un « réel » mi-temps (je garderais mon travail au début (+/- longtemps) pour conserver un bout de salaire), même si cela peut entraîner un lancement d'activité plus long que si je m'y consacrais à 100 voire 150 ou 200% ?... En gros, peut-on parvenir à trouver puis développer sa clientèle et travailler sur les dossiers correctement, même en n'y passant "qu'un" (petit) mi-temps pendant 1 an, 2 ans voire 3 ou plus ? Je me doute que les revenus ne seraient même pas à la hauteur d'un mi-temps, mais j'aurais d'autres arrières pendant un temps (notamment le salaire de mon compagnon, qui a lui-même monté son entreprise il y a 4 ans... et que j'ai vu beaucoup beaucoup trimer au début...) ?
Concernant la RLH, je ne connaissais pas du tout et approfondirais la question plus précisément ensuite, mais cela est rassurant de savoir que ce genre de chose existe car cela pourrait complétement s'adapter à ma situation personnelle, dans l'hypothèse où mon unique activité professionnelle soit un jour généalogiste.
Merci d'avance de vos conseils.
Cordialement.


Rédigé par : Stéphane Cosson | 11 oct 2011 21:46:44

Bonsoir,

Ce que vous pouvez faire peut-être dans un premier temps, c'est suivre la formation de Nîmes qui pourrait vous permettre d'obtenir de bonnes bases en généalogie. Elle se déroule le vendredi toute la journée et le samedi matin, justement pour que les gens qui travaillent puissent y avoir accès. Un financement est possible. Les inscriptions sont ouvertes pendant le mois d'octobre.

Ensuite, faites en fonction de votre maladie et de vos possibilités. Si ce n'est qu'un mi-temps, la RLH prendra le relais pour l'autre mi-temps. Elle est faite pour cela. Je ne crois pas qu'il y ait de "petit" mi-temps. Il y a le temps que notre corps nous permet. Je peux en parler en connaissance de cause, je suis reconnu TH pour deux maladies chroniques, moins pénibles sans doute que les vôtres. Personnellement, j'ai décidé d'avancer avec elles, en m'accordant des pauses nécessaires pour que le corps ne me lâche pas, en menant une hygiène de vie très stricte, quasi-monacale, à laquelle je ne déroge absolument pas. Et s'il faut m'accorder des après-midis de sieste, eh bien je me les accorde ! J'ai la chance d'avoir une énergie assez importante et un moral à l'abri de toutes épreuves, positivant tout le temps. Et tant mieux pour moi ! Dans tous les cas, écoutez les signaux de votre corps pour ne pas aller au-delà de vos limites et réveiller votre compagnon à 3 h du matin pour partir aux Urgences (une expérience de vie personnelle).

Ensuite, faites-vous aider : Regardez dans votre département qui peut vous aider en tant que TH à monter un dossier d'aide pour commencer votre activité. Ils vous aideront aussi à écrire et éclaircir votre projet, vos envies.
Vous pouvez passer par le portage salarial ou la coopérative d'activité (vous restez ainsi salariée tout en étant à votre compte).

Il y a des possibilités, des gardes-fous. Expliquez à vos clients votre situation sans vous étendre, ils comprendront (là encore, je parle par expérience) et vous accorderont les délais nécessaires pour que vous puissiez leur répondre dans les meilleures conditions. L'essentiel est de les satisfaire.

J'espère que cela vous aidera. N'hésitez pas à me réécrire.
Cordialement.


Rédigé par : Céline | 17 oct 2011 13:35:18

Bonjour,

Merci pour votre réponse, rapide et détaillée !
La formation de Nîmes semble effectivement très intéressante, mais je ne sais pas si je pourrais la suivre, ne serait-ce que du point de vue des déplacements hebdomadaires qu'elle nécessiterait, à 250 km de chez moi.
Je vais voir si je peux faire quelque chose avec l'AGEFIPH ou Cap Emploi. Cependant, je travaille déjà (qui plus est, dans la Fonction publique), et un changement de travail pour me tourner vers la généalogie ne serait pas vraiment en lien avec une nécessité de reconversion (dans le cas par exemple où mon handicap ne me permettrait plus de tenir mon poste actuel ni aucun autre dans mon Ministère), mais plus par (in)satisfaction personnelle (même si (ne pas) se sentir bien au quotidien au travail peut avoir une influence sur son état de santé...). Je ne sais donc pas si je pourrais effectivement bénéficier des services de ces structures ; à voir avec elles.
Sinon merci pour vos explications quant à la possibilité de concilier activité libérale et problèmes de santé. Il faudrait que je repense ma façon d'être et de vivre, car là, en ayant un travail à horaires réguliers, j'ai souvent l'impression de courir après le temps (libre), du fait notamment du temps passé à me soigner et « accessoirement » à me reposer... Alors monter une activité avec tout ce que ça implique en terme de recherches d'informations, formation, travail préparatoire, … Il faut déjà que je me prépare bien d'un point de vue personnel avant de préparer les choses concrètement d'un point de vue professionnel...
Mais vous me prouvez que cela est possible, ce qui me donne à réfléchir dans le bon sens... Encore merci !


Rédigé par : Stéphane Cosson | 17 oct 2011 20:54:29

Bonsoir,

Mais de rien !

Pour Nîmes, 250 Km ne me semble pas si loin. Si c'est une question d'argent, il y a une personne spécialisée qui peut vous aider à trouver des financements. S'il s'agit d'une question de fatigabilité, je ne sais si l'on dit ainsi, vous êtes seule juge.

Ce n'est pas "accessoire" pour nous le temps de repos. Pour moi, il est vital. Passer du temps à se soigner me semble tout aussi important, même si parfois on en a marre et on a envie d'envoyer tout paître. Il y a un fait que je trouve paradoxal : un valide qui embauche un handicapé touche des subventions. Un handicapé qui a besoin d'un valide pour l'aider se débrouille tout seul financièrement. Pourtant dans les deux cas, le handicap est le même. Il n'a pas changé. Alors comme il nous faut nous débrouiller seul, c'est priorité à la santé. Cela n'empêche pas les projets ni d'avancer. Mais priorité à la santé. Si le corps lâche, le moral aura beau être excellent, vous ne pourrez pas avancer. Revoyez votre projet dans ce sens. Cela veut dire prévoir des temps de repos dans votre emploi du temps.

Ce que vous pouvez faire pour vous aider, c'est déjà noter sur un agenda tranche d'heure par tranche d'heure vos journées. Cela vous permettra de les poser et de pouvoir réfléchir plus sereinement, avec du concret.

Prenez le temps de la réflexion dans tous les cas.


Rédigé par : Céline | 31 oct 2011 15:09:07

Bonjour,

Merci de votre réponse et de vos conseils.
Concernant le DU à Nîmes, même s'il me semble passionnant, ne pas le suivre (pour le moment) a plusieurs origines : fatiguabilité effectivement, financière effectivement, et motivations, dans le sens où j'ai déjà pendant plusieurs années refait des études universitaires parallèlement à mon travail (à côté de chez moi cette fois, ça aide). Même si elles m'ont beaucoup intéressées et que j'en suis contente (et qu'elles n'ont servies qu'à satisfaire ma curiosité personnelle), elles me laissent désormais un certain manque de courage pour recommencer encore une fois : suivre les cours le soir ou le week-end, les assimiler, rédiger un mémoire de niveau Master 1 (avec tout le travail que cela implique en amont), ..., m'ont un peu beaucoup usée... au niveau de ma santé (un peu, mais maintenant que j'ai vieilli, cela pourrait être davantage) et au niveau de mon moral pour repartir à l'aventure !
Donc même si le DU ne dure « que » 6 mois, en attendant d'être à 200% motivée par la généalogie et le désir d'en faire un métier, je vais d'abord me documenter en lisant des ouvrages adaptés aux lacunes que j'identifie. Je sais bien que cela n'a rien à voir avec un enseignement universitaire, mais c'est une première piste pour progresser. Et puis je vais essayer de progresser dans la recherche d'actes « divers et variés » pour faire un genre de « biographie » de certains de mes ancêtres au parcours un peu plus remarquable (au sens premier du terme) que d'autres (c'est-à-dire dont mes premières recherches dans les actes d'Etat civil m'ont permis de voir quelques petites choses moins ordinaires que pour les autres). Je ne sais pas si apprendre à réaliser ce genre de choses pourrait me servir du point de vue du généalogiste professionnel en devenir que je pourrais être, mais au moins, je connaîtrai mieux ces ancêtres, et c'est dans un premier temps ce qui m'intéresse le plus...
Encore merci pour vos conseils.
Je vais de toute façon continuer à lire votre blog maintenant que je le connais et que j'y apprends plein de choses !


Rédigé par : Stéphane Cosson | 31 oct 2011 17:14:45

Bonjour,

Je crois qu'il faut faire les choses quand on les sent. Sinon, elles sont mal faites, il y a de la rancune ou d'autres sentiments mauvais qui nous gâchent la vie. Prenez votre temps, avancez à votre rythme.

Faire la "biographie" de certains de vos ancêtres est un bon moyen d'avancer et de progresser.
Ce que vous pouvez faire aussi, c'est partir d'un total inconnu et chercher absolument toutes les traces le concernant. Vous faîtes cela pour le XIXe et pour l'Ancien Régime.
Pourquoi un total inconnu choisi au hasard ? Parce que, le plus souvent, les recherches que nous faisons pour nos clients, se font sur des inconnus, des personnes qui n'appartiennent pas à notre généalogie. Cela vous permettrait de vous mettre déjà dans la peau du professionnel. Vous pouvez faire les deux, bien sûr.

La recherche sera à mon sens plus porteuse que lire des ouvrages, à moins que vous n'identifiez des lacunes purement historiques. Les mains dans le camboui permettra à votre cerveau d'apprendre et de mémoriser ce qu'il faut faire, où vous vous êtes trompée, les voies à ne pas suivre alors qu'elles vous semblaient les bonnes. Notez votre méthodologie pour prendre de la distance vis-à-vis de celle-ci. Si vous bloquez, laissez reposer la pate. vous y reviendrez plus tard et cela vous semblera plus facile.

Organisez-vous rigoureusement. C'est très important. Personnellement c'est un dossier par client, avec des sous-dossiers par familles, des fichiers par commune. Les photos sont clairement identifiées, toutes les photos concernant un même acte dans un même dossier pour lequel on indique clairement de quoi il s'agit et de qui il s'agit. Ne mettez pas CM 64-65, mais plutôt CM Jean Bousquet et Marie Nègre. Pourquoi ? Parce que vos potentiels clients auront aussi des 64-65 ! ET qu'au bout d'un moment, cela rique de ne plus vous parler. Prenez le temps de correctement vous organiser.

Et ne changez pas de modèle en cours de route !

Bienvenue comme nouvelle lectrice !


Rédigé par : Céline | 31 oct 2011 18:35:52

Excellente idée que de faire des recherches sur des inconnus. Je suppose que la famille de mon conjoint, ça n'en fait pas partie ?!...
Pff, j'ai du pain sur la planche pour faire tout ça : ce qui m'intéresse d'un point de vue personnel, ce qui m'intéresse d'un point de vue mi-perso, mi-pro, et ce qui m'intéresse d'un point de vue méthodologie pro... Mais il est évident effectivement que par mes premières recherches, j'acquerrai des compétences à visée +/- professionnelle.
Pour les lectures, je sais que pour le moment il me manque des connaissances en histoire et en classification des actes aux Archives. Après je verrai bien ce qu'il me manque au fur et à mesure des obstacles rencontrés ! Et effectivement, rien ne vaut de mettre les mains dans le camboui pour apprendre à faire !

Sinon justement à propos des biographies, est-ce quelque chose qu'un client de généalogiste recherche couramment, ou rarement, ou ça dépend du sens du vent ;-) ? Enfin là on sort carrément du thème premier de ces échanges...

Encore merci pour votre aide précieuse.


Rédigé par : Stéphane Cosson | 1 nov 2011 09:52:51

Pour ce qui est de mon expérience personnelle, la demande d'une biographie complète est une demande inexistante. Par contre, des mini-biographies ou, si vous préférez, une recherche sur un point précis de la vie d'un ancêtre, ce n'est pas très courant mais cela peut arriver.

J'ai eu par exemple le cas d'un Canadien qui voulait connaître la carrière de son ancêtre en tant qu'instituteur. Il n'a pas été déçu du voyage, vu la personnalité de cochon qu'avait son ancêtre, il y avait de quoi dire !

Il y a eu encore le cas de ce colporteur cantalien qui a été en procès dans le Tarn (j'en ai fait un article dans la RFG).
Un autre client m'a demandé de lui chercher le testament d'un ancêtre. Dans le testament, comme il déshérite son fils cadet et nous donne toute l'histoire du pourquoi du comment, le client a été très content.

Cela donne un plus. Je les ressens plus comme des pierres précieuses que nous apportons dans nos recherches. Ces mini-biographies, souvent trouvées au hasard des recherches, donnent un autre éclairage. On ouvre l'huître et on trouve la perle.:-)


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