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Être pédagogue

Par Stéphane Cosson le 19 mai 2011 | (5) Commentaires | Permalink

Il y a des fois où il faut faire preuve de pédagogie envers les clients sans forcément les vexer. Simplement leur expliquer que ce qu'ils me proposent est impossible. Quelques exemples, tous véridiques, issus de 11 années d'expérience :

Une dame m'envoie un arbre généalogique dans lequel un homme a un enfant 2 ans après son décès, sachant qu'il se marie avec la mère dudit enfant 12 ans après ledit décès. A mon avis, une date au moins est fausse. Laquelle ?

Une femme a son premier enfant alors qu'elle est âgée de 44 ans environ. Cela me semble un peu vieux. Le dernier enfant, d'accord. Le premier, j'en suis beaucoup moins sûr, surtout quand il y en a une palanquée derrière. Un gros doute.

Comment expliquer à une personne qu'elle me confond deux personnes qui sont cousines, voire deux familles qui n'ont pas de lien entre elles en prenant des gants ?

Comment expliquer à une cliente étrangère ne parlant pas français que ce n'est pas parce qu'elle a trouvé une personne portant le même nom et le  même prénom que son ancêtre, à des dates approximativement identiques, que c'est forcément le bon, surtout quand ce nom est plus que répandu dans la région qu'elle cherche ?

Comment expliquer qu'une personne née en 1640 ne peut pas se marier en 1789 et que la personne vous soutient mordicus le contraire, qu'elle a raison ? Oups.

C'est le moment, à chaque fois, d'être pédagogue. Pas si simple. Les personnes que j'ai en face ne sont pas forcément prêtes à entendre ce que je vais leur dire. Il faut pourtant leur faire intégrer que, là, elles peuvent se tromper. Que ce n'est pas dans la logique généalogique. Que cela ne fonctionne pas. J'ai parfois beau prendre tous les gants que je peux, il arrive que la personne coupe les ponts parce qu'elle refuse d'entendre mon discours. Parce que cela la perturbe trop, que cela implique une trop grande remise en question. Parce qu'elle s'est inventé un monde que le professionnel que je suis lui casse de fond en comble.

C'est là où je me rends compte du pouvoir de la généalogie, de l'emprise qu'elle peut avoir sur nous sans que nous nous en rendions compte. Qu'il est possible de faire au détriment de la logique parce qu'on est parti sur une idée préconçue et qu'on adapte la réalité à cette idée au lieu d'adapter notre idée à la réalité.

Mais c'est un bon exercice de reformulation.



Commentaires

Rédigé par : Fred | 21 mai 2011 19:59:41

Je ne suis pas encore professionnel, mais j'ai eu plusieurs cas ou il fallait être aussi pédagogue, sauf que quand les recherches se basent sur du pur bénévolat, la relation doit être plus zen qu'avec un client (qui est roi, rappelons^^).


Rédigé par : Stéphane Cosson | 22 mai 2011 11:55:34

Le client est roi certes. Toutefois, n'oublions pas que faire de la généalogie se base sur des preuves irréfutables ou, en absence de preuves, sur des hypothèses vérifiées, re-vérifiées, re-re-vérifiées par le biais de différentes sources documentaires. Jusqu'à trouver l'hypothèse la plus valable au détriment de toutes les autres. Et ce sans forcément multiplier les inconnues.

Il ne faut pas non plus l'oublier. Être pédagogue c'est aussi savoir refuser une recherche, perdre un client quand celui-ci campe sur ses positions qui vont à l'encontre d'une recherche scientifique.

Le rôle d'un professionnel c'est aussi insister là où cela fait mal. Faire sa généalogie, c'est ne pas oublier la logique basique et la rappeler régulièrement aux clients.

Un exemple ? Pour un client, je n'ai plus à un moment donné de documents, quelle que soit la série des Archives, qui me permettent de prouver que sa famille noble est apparentée avec une autre famille noble portant le même nom. Donc je m'arrête là. Et non, je ne me baserais pas uniquement sur les écrits d'un membre de la famille pour pouvoir l'affirmer. Je n'ai pas de documents, donc pas de preuves, donc je m'arrête. Difficile à faire comprendre parfois.

Le client est roi mais ni despote ni tyran. Et encore moins un dictateur. Ne jamais oublier que dans la relation avec le client, il n'y a qu'un seul professionnel.


Rédigé par : Fred | 23 mai 2011 21:35:51

Tout à fait d'accord avec tout cela.

C'est pour cela que je pense que la relation entre un client et une demande d'entraide bénévole doit vraiment être complètement différente...
Dans un des cas, il est plus facile de faire comprendre qu'il n'y a pas d'obligation de résultat même si tout a été mis en oeuvre pour trouver.
Et c'est pour cela que le généalogiste doit aussi être pédagogique pour refuser une recherche et perdre un client dans certains cas. Enfin, c'est aussi mon point de vue ;)


Rédigé par : ps3 jailbreak | 13 juin 2011 10:01:02

"faire preuve de pédagogie envers les clients sans forcément les vexer. "C'est une bonne suggestion. Tout le ;onde préfère les choses raisonnables.


Rédigé par : R4 | 13 juin 2011 10:04:14

Bon moyen, merci de votre expérience.


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