« Challenge AZ : W comme série W ou comment on passe d'archiviste à généalogiste professionnel | Accueil | Challenge AZ : U comme double des répertoires de notaires »

Challenge AZ : V comme viscéralité des archives

Par Stéphane Cosson le 5 avril 2013 | (5) Commentaires | Permalink

Viscéralité des archives ? De quoi s'agit-il encore ? En fait, nous avons trois niveaux de traitement de l'information : 

  • le niveau viscéral : rapide, il fait des jugements immédiats pour ce qui bon ou mauvais, sûr ou dangereux, envoie les signaux appropriés aux système moteur et alerte le reste du cerveau. C'est biologiquement déterminé.
  • le niveau comportemental : il n'est pas conscient. C'est notre comportement par excellence. vous avez tous fait quelque chose de manière automatique alors que vous pensiez à autre chose. Conduire un voiture alors que vous pensez à autre chose par exemple. Quand vous faites deux choses en même temps, très souvent, l'une des deux se situe au niveau comportemental. Son action peut être modifiée.
  • le niveau réflexif : sans accès direct au niveau sensoriel, le cerveau réfléchit à ce qu'il fait. C'est le lieu des concepts nouveaux. 

Certes, mais cela ne nous dit toujours pas pourquoi je parle de viscéralité des archives.  En fait, ce qui me semble intéressant dans les documents, outre ce qu'il y a à l'intérieur pour ma recherche, c'est leur côté sensoriel. Tous les sens ou presque sont utilisés quand vous avez un document d'archives entre les mains.

Le toucher quand vous ouvrez le document et que vous pouvez sentir des textures différentes sous vos doigts. Prenez un vieux document notarié. Vous avez sous les doigts la texture du carton Cauchard qui le protège, du tissu qui  ferme ce carton et dont il vous faut défaire les noeuds, de la chemise qui peut le protéger, de la sangle qui peut l'entourer, du parchemin s'il est relié ainsi, des pages en papier tissu. Des textures différentes à chaque fois. Il m'est arrivé de recevoir un document qui n'avait pas été ouvert depuis longtemps. Je pouvais ressentir le froid des magasins sous mes doigts puis le réchauffement du document, très rapide au contact de la salle de lecture.

L'ouie bien sûr chaque fois que vous ouvrez un document. Le craquement du carton Cauchard, l'ouverture de la sangle, le bruit du parchemin quand vous déployez enfin le document et que vous vous apprétez à le lire. Des bruits différents.

La vue bien évidemment, dès que vous commencez à déchiffrer les pattes de mouche de l'auteur du document. 

L'odorat car les vieux documents ont une odeur. Elle est subtile et nous devenons alors des Jean-Baptiste Grenouille à la recherche de cette quintessence.

Le goût enfin quand nous faisons ce que nous ne devrions pas faire du tout : mouiller le doigt pour tourner les pages. Ce n'est pas bon pour les pages et ce n'est pas bon pour nous, voyez le nom de la rose à ce sujet.

Pour moi, aller aux Archives, dans une salle de lecture, c'est aussi pour ces petits plaisirs sensoriels, pas seulement pour découvrir des nouveautés, résoudre des énigmes. Et c'est vrai que je préfère être là-bas que devant un écran d'ordinateur à lire des documents numérisés. Parce que tout cela manque devant un écran. Cela a certes un côté pratique mais ça manque. Des émotions naissent dans le premier cas, différentes de celles devant un écran d'ordinateur.  De nombreux petits plaisirs, au niveau viscéral, parce que vous ne commandez pas vos sens.



Commentaires

Rédigé par : Sophie | 5 avr 2013 11:01:57

Bonjour Stéphane,

Je ne peux qu'être d'accord avec vous. Je rajouterai même que cette viscéralité concerne également les archives personnelles.
Pas plus tard qu'hier, j'ouvrais avec mille précautions et autant de plaisirs que ceux que vous évoquez le livret de famille de mes arrière-grand-parents.
Avoir un document de presque 110 ans entre les mains ça n'a pas de prix et aucune archives en ligne, malgré leur aspect pratique, ne pourra remplacer cela.

Sophie


Rédigé par : Roland | 5 avr 2013 11:55:10

Bonjour Stéphane,

ah, l'information... C'est elle qui donne le pouvoir comme nous le prouve l'actualité. Échanger des informations, c'est communiquer et ce que vous décrivez c'est déjà de la communication même si elle est à sens unique puisque l'émetteur (les archives) ne pourra jamais être récepteur (pas de capacité sensorielle).

Je n'avais jamais perçu le côté "viscéralité des archives" parce que je n'y ai encore jamais mis les pieds (et aucun des autres sens donc) mais ce que vous écrivez me donne bien envie de franchir l'obstacle de la distance et surtout celui de la timidité (maladive chez moi). Et oui, l'écran est utile, plus que pratique: en mettant de la distance avec l'interlocuteur, il efface l'angoisse que m'inspire toute nouvelle rencontre. Et pourtant mon métier n'était fait que de rencontres humaines...


Rédigé par : Stéphane Cosson | 5 avr 2013 12:07:44

C'est complètement une autre ambiance, Roland. Quand je suis chez moi, je consulte mon ordinateur la musique à côté. Quand je suis en salle de lecture des Archives, c'est le silence qui prime. Je peux me concentrer différemment, être dans un autre monde. Avoir d'autres sensations.

Et oui, Sophie, cela marche encore plus pour nos archives personnelles. Celles qui nous ont été transmises sont encore plus chargées de sens, d'émotions. Parce qu'elles nous ont été transmises de génération en génération. Elles ont encore plus valeur de trésor à nos yeux.


Rédigé par : Odile | 5 avr 2013 12:13:49

Je suis bien d'accord, tout cela manque quand on est devant un écran. Et ces sensations, comme le dit Sophie, sont les mêmes devant des registres anciens (oh les vilains qui y mettent leurs doigts mouillés !!) et devant les papiers de famille sauvegardés.
Roland, les "maladivement timides" (dont je suis aussi) se trouveront parfaitement bien devant les dossiers et classeurs ;-) Pour une première tentative, il vaut peut-être mieux se faire accompagner d'un habitué ou bien parfaitement préparer sa visite.... Ce que je croyais avoir fait aux AD de l'Yonne, quand j'ai vu fondre sur moi une employée, parce que j'ai commencé à prendre des photos... J'avais bien rempli le formulaire, mais je ne l'avais pas déposé au bon endroit. J'ai eu l'impression d'être entrée dans la grande délinquance...Il parait que l'accueil est moins réfrigérant maintenant... Bonne chance !


Rédigé par : Stéphane Cosson | 5 avr 2013 15:08:07

Une question Odile : Vous n'aviez pas déposé le formulaire au bon endroit ou on ne vous avait pas indiqué le bon endroit où le déposer ? C'est subtil mais parfois...


L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

 

Avertissement: Les informations, textes, images et sons, diffusées via internet par The Social media Group ne sont pas susceptibles, à priori, de contrevenir à la réglementation afférente aux droits d´auteur. Si tel n´était pas le cas, merci de nous le signaler à l´adresse copyright at thesocialmedia point com et nous nous engagerons, sous reserve de la validité de la requête, à effectuer les modifications afférentes dans les plus brefs délais.


Le Blog Généalogie, un site du Social Media Group, réseau de blogs thématiques.