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A propos du mariage pour tous

Par Stéphane Cosson le 12 mai 2013 | (8) Commentaires | Permalink

Il est rare que je fasse un sujet qui soit vraiment d'actualité. Cette fois-ci j'ai pris le risque.L’adoption de la loi sur le mariage pour tous apportant de nombreuses modifications, les revendications des opposants m’agaçant profondément, sans doute à cause de ma formation universitaire en ethnologie de la famille et en sociologie, je suis donc allé chercher du côté des sociologues et des ethnologues ce qui se disait. Et en m'impliquant dans cette bataille peut-être beaucoup plus que d'autres fois. Du coup mes écrits peuvent déplaire, je préfère prévenir même si j'ai essayé d'être le plus neutre possible. Mais l'est-on vraiment ?

 Filiation et parentalité homosexuelle :

Tout d’abord, la filiation est avant tout un lien juridique par lequel est définie l’appartenance de l’individu à un groupe de parents et auquel sont associé un ensemble de droits (transmission du nom, succession et héritage), de devoirs (obligation d’entretien réciproque) et d’interdits (prohibition de l’inceste).

Notre système de filiation se rapproche le plus possible de l’engendrement. Mais c’est un choix culturel accompagné d’une norme qu’est l’exclusivité. Chacun de nous n’est en position de fils ou de fille que par rapport aux individus qui l’auraient en principe conjointement engendré et ne peut avoir qu’un seul père et qu’une seule mère, d’une génération ascendante (et de sexe différent jusqu’à l’adoption de la loi concernant le mariage pour tous qui modifie cela).

Le désir d’enfant n’est pas lié à l’orientation sexuelle.

De ce fait, environ 20000 enfants vivent en 2006 dans un foyer constitué d’un couple de concubins de même sexe. La majorité se trouvant dans des situations juridiques problématiques du point de vue de leur filiation. Si le parent décède, si le couple se sépare, qu’advient-il de l’enfant ? Le compagnon ou la compagne n’a en effet aucun lien juridique avec l’enfant qu’il contribue à éduquer.

Les familles homoparentales sont par définition pluriparentales : elles mettent en jeu plus de deux adultes dans le processus de formation d’une famille, dont des parents « sociaux ». C’est le cas aussi, soit dit en passant, dans les familles hétérosexuelles recomposées.

 Le mythe du « bon parent »

 Être parent est associé à un univers de compétences et d’apprentissages. La parentalité « défaillante » est devenue l’objet de toutes les attentions.

Le sociologue américain Howard Becker a, de ce fait, parlé de « nouveaux entrepreneurs de la morale familiale » car il y a, selon lui, des producteurs de normes familiales. Mais qui les applique ? Comment sont-elles reçues et mises en pratique par les familles ?

 L’enfant est devenu un « bien précieux ». Tout serait mis en œuvre pour préserver l’enfance, devenue une période idéalisée.  Il faut la protéger non seulement d’éventuels dangers mais aussi anticiper les risques, notamment « psychologiques », qui pourraient compromettre son vécu.

Sous l’impulsion des discours psychanalytiques, le bien-être de l’enfant est désormais considéré de façon quasi-exclusive entre les mains de sa mère.

Rappelons qu’il est difficile pour les hommes gays de devenir père, en dehors de l’adoption et de la coparentalité. L’homme « célibataire » est, en plus, imaginé comme frappé d’une incapacité congénitale à s’occuper d’un enfant. Quand on ne craint pas purement et simplement la pédophilie de sa part.

 Toutefois … La lutte juridique contre les discriminations à l’égard des homosexuels a contribué à transformer leurs conditions de vie. Ils sont passés pour la majorité d’entre eux d’une culture de ghetto et de contestation de l’ordre familial traditionnel à une plus grande aspiration pour la vie conjugale.

 Mais est-il vraiment possible d’identifier le niveau d’aptitude de chaque parent dans sa mission socialisatrice et de diagnostiquer l’incompétence parentale, la défaillance, voire l’irresponsabilité ? Non, même si des émissions télé telles que Super Nanny ou Le Grand Frère stigmatisent les familles qualifiées de défaillantes, sauvées par une aide venant de l’extérieur. Et donnent du coup une image rassurante, comparative, en miroir, aux autres parents.

 Les sociologues ont alors étudié la mise en pratique des conseils émis par les spécialistes. Elle dépendrait de la position sociale des parents et deux modèles se dégageraient (de manière très dichotomique car la réalité est forcément bien plus complexe) :

  • Un modèle « savant » : la mère, puisque on considère qu’elle seule est capable, la mère donc, dépourvue d’expérience, se réfèrerait aux conseils des professionnels de la petite enfance pour asseoir leurs pratiques.
  • Un modèle « familial » : la mère s’appuierait sur les recommandations des professionnels quand celles-ci entrent en congruence avec ses pratiques héritées de sa propre socialisation familiale.

 Juste un chiffre et une réflexion pour finir et ouvrir peut-être un dialogue : 90% des membres de l’APGL (association des parents et futurs parents gays et lesbiens) ont fait des études supérieures et occupent des professions intellectuelles, artistiques ou de cadres. Cette association a été à l’initiative de plusieurs colloques internationaux de chercheurs en sciences sociales sur les questions juridiques, sociologiques et politiques posées par l’homoparentalité.

 Il y a peut-être derrière ce désir d’enfant de la part des gays, surtout quand il s’agit d’hommes, toute une réflexion menée, personnelle, avant de passer à la réalité d'accueillir un enfant.



Commentaires

Rédigé par : Benoit Petit | 12 mai 2013 13:20:09

Merci Stéphane pour ce billet très intéressant, comme toujours!
Autrefois, le parent survivant était obligé de se remarier pour pouvoir élever les enfants et du coup, le lien "juridique" avec l'autre parent était concrétisé.
Le fait que l'autre parent soit de même sexe ne devrait pas empêcher qu'il puisse élever l'enfant ; l'enfant voyant tout d'abord l'affection et l'intérêt qu'on lui porte, plus que l'orientation sexuelle de son parent social.
Je ne sais pas si je suis clair mais c'est un sujet délicat en effet.
Bon dimanche
Benoît
MesRacinesFamiliales


Rédigé par : Hervé Lainé | 12 mai 2013 14:15:15

Commentaire déposé sur Facebook :

Je reprends votre propos ; Tout d’abord, la filiation est avant tout un lien juridique par lequel est définie l’appartenance de l’individu à un groupe de parents et auquel sont associé un ensemble de droits (transmission du nom, succession et héritage), de devoirs (obligation d’entretien réciproque) et d’interdits (prohibition de l’inceste). Vous voulez dire que la filiation est d'abord sociale avant d'être génétique ?
Auquel cas, on ne peut parler de généalogie de l'individu, cela rimerait à rien, une généalogie étant avant tout génétique.


Rédigé par : Gloria Godard | 12 mai 2013 14:18:04

Commentaire déposé sur Facebook :

Merci et bravo pour cette analyse. Je crois que le "mythe" de l'instinct maternel arrive avec la campagne de promotion de l'allaitement par la mère qui débute à la seconde moitié du XVIIIème et va crescendo, la culpabilisation avec et la déresponsabilisation du père. La psychanalyse en ajoute une couche bien épaisse à la fois par sa théorisation de la petite enfance et de la naissance, et aussi par les positions prises concernant l'homosexualité. Il est assez étonnant de voir les positions assez contradictoires des pédopsychiatres sur le sujet. Le droit lui emboite le pas avec son cortège d'expertises à la gomme. Il n'y a rien à idéaliser dans la parentalité quel que soit son contexte social, sociétal. Il est juste à craindre que nos institutions, nos concitoyens reproduisent inlassablement et plus ou moins consciemment le modèle "culturel standard" et que l'on cherche encore et toujours la "mère éternelle coupable" à travers l'un des deux papas
Bon courage à tous les parents, il reste du pain sur la planche.


Rédigé par : Hervé Lainé | 12 mai 2013 14:24:01

Commentaire posté sur Facebook :

Jusqu'à aujourd'hui (plus de 40 années de généalogie avec beaucoup de rencontres à la clé lors de réunions) la filiation était liée à l'engendrement. Et il me semble que beaucoup de généalogistes emploient ce terme filiation pour engendrement. La filiation matrilinéaire était de mise au moyen âge lorsque l'héritage du fief était une condition. Auquel cas, le fils ou la fils reprenait le nom de sa mère avec titres et armes.
Si vous prenez l'ANF, cette association ne considère que les enfants dont la filiation est véritablement établie. S'il y a adoption, le récipiendaire n'est pas accepté au sein de cette association.


Rédigé par : Brigitte Lamandin | 12 mai 2013 14:25:13

Commentaire posté sur Facebook :

Je rejoins Corinne. J'ai entendu dernièrement à la radio, un journaliste chroniqueur spécialisé dans les faits divers depuis 30 ans, dire que jamais il n'avait couvert une histoire de meurtres ou de maltraitance d'enfants dans des couples homosexuels.....Ils savent trop ce que c'est que d'espérer avoir le privilège d'éduquer un enfant. Dans le couple hétéro cette question ne se pose pas d'où peut être une banalisation de l'enfantement et moins de respect....


Rédigé par : Stéphane Cosson | 12 mai 2013 14:33:19

Alors désolé de le dire mais l'ANF a une vision rétrograde de la filiation. Car l'adoption plénière casse définitivement les liens avec la famille biologique et il n'y a pour l'enfant adopté qu'une seule filiation : celle donnée par l'adoption. Considérer qu'au prétexte qu'il est un enfant adopté, le récipiendaire ne peut être accepté en leur sein est discriminatoire et ne tiendra pas une minute devant un juge.
Et sortir de notre culture, aller voir ce qui se passe dans d'autres peuples permet de comprendre que c'est uniquement un choix culturel qu'est le nôtre. Voire même tout simplement comprendre ce qui se passe dans l'Occitanie avec le système de l'héritage inégal ouvre des perspectives vers un autre monde.


Rédigé par : Hervé Lainé | 12 mai 2013 14:58:25

Commentaire posté sur Facebook :

Il y a 40 ans, c'était aussi la vision de l'ensemble des généalogistes. S'il y avait adoption, il n' y avait pas de filiations (filiation des ADN (côtés agnatique et cognatique). Concernant les récipiendaires (adoptés) qui demanderaient à rejoindre l'ANF, il devrait y avoir pas mal de procès à l'avenir.


Rédigé par : Corinne Lejeune Girot | 12 mai 2013 17:43:00

Stéphane, je rejoins le débat en ajoutant que j'ai dans mes relations une personne qui travaille pour une institution qui accueille les enfants de personnes défaillantes (alcoolisme, violence, inceste etc), aucun enfant n'a de parents gays, il s'agit uniquement d'enfants issus de familles "normales". Deuxième point, je connais également des enfants élevés par des parents homosexuels, ou ayant deux papis, et ses enfants là sont parfaitement équilibrés et très heureux. Donc sujet à reflexion ?


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