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Généalogie et économie de la connaissance

Par Stéphane Cosson le 24 septembre 2011 | (0) Commentaires | Permalink

Patrice Cabanel a étudié l'histoire de la Révolution généalogique, datable au cours du second semestre de 1974. Concomitance de l'explosion généalogique avec engagement du pays dans la crise d'après les Trente Glorieuses. Tout cela est connu. Mais...

Si le mouvement venait de plus loin ? Et si on s'intéressait à la généalogie par la lorgnette de l'économie de la connaissance ?

Connaissance versus information

L'information, c'est un ensemble de données, formatées, structurées, mais étant dans l'incapacité de donner par elles-mêmes la possibilité d'agir à celui qui les possède.

La connaissance au contraire le permet. Celui qui la détient a une capacité d'action intellectuelle ou physique. Il peut modifier le monde ou produire de nouvelles informations ou connaissances.

Pourquoi ? Parce que reproduire une information c'est relativement simple. On peut la dupliquer à l'infini par exemple par le biais d'une photocopieuse. Reproduire une connaissance, c'est devoir l'expliciter, l'enseigner. Cela passe par la relation instaurée entre le maître et l'élève. Ce n'est pas du tout le même coût.

Les propriétés de la connaissance comme bien économique

C'est un bien difficilement contrôlable et appropriable par l'entité qui le produit. La connaissance est un bien non rival dans son usage. Son usage ne la détruit pas et elle peut être utilisée un grand nombre de fois sans coût additionnel. C'est ce qu'on appelle un bien public pur.

Elle n'est pas menacée d'épuisement par un usage excessif. Bien au contraire, elle s'enrichit et sa qualité augmente à chacun de ses usages.

Mais elle est faiblement persistante : elle s'oublie, se déprécie, se perd. Sa version originelle est le plus souvent locale, tacite. Elle se transfère mal car elle est divisée et dispersée. Il faut alors la codifier pour mieux la mémoriser. Mais qui dit codification dit aussi généralisation. 

Une connaissance obsolète, car il y en a, est toujours peu ou prou stockée. Elle peut par contre être difficilement retrouvable et donc utilisable.

Le prix de la connaissance

Le vendeur, en la cédant, n'y renonce pas. Elle lui est définitivement acquise.

L'acheteur ne la paie qu'une seule fois quel que soit le nombre de fois qu'il va l'utiliser. Il ne peut pas l'évaluer tant qu'il ne l'a pas définitivement acquise.

D'où des variations de prix très importantes. Qui plus est, une part énorme de la connaissance ne fait l'objet d'aucune transaction marchande.

Education et Apprentissage : le Grand Bond en Avant

L'Homme des XIXe et XXe siècles sait lire. En cela, il se distingue fortement de ses ancêtres. Le XXe siècle a été le siècle du "grand apprentissage" : logique du développement des savoirs versus logique de l'accumulation matérielle. Autrement dit, est née une logique d'éducation intellectuelle. Le temps éducatif s'est étendu jusqu'à investir le temps libre (les "formations-loisirs", dont fait partie la généalogie).

On observe la création d'une abondance potentielle d'informations. Internet a déterminé un changement radical dans les modes de recherche et d'acquisition de l'information et, au-delà de la connaissance. La contrainte de proximité entre maître et élève disparaît. Internet et les TIC deviennent un instrument facilitant le partage parmi un très grand nombre d'individus tout en étant des outils de production de savoir et en ouvrant de nouveaux traitements de bases de données.

Et la généalogie dans tout cela ?

Ces différents impacts ont particulièrement touchés les emplois dont l'objet principal du travail est l'information et le savoir. Le contenu a été bouleversé car s'intéressant tout à coup à un bien totalement digitalisable. Les TIC permettent alors un traitement automatique complet. Ce qui ne veut pas dire forcément qu'il l'est.

Dans ces catégories d'emplois, nous trouvons ceux d'archivistes, de documentalistes, de bibliothécaires... Le généalogiste est en contact étroit avec chacun. D'où une obligation de devoir suivre leur mouvement et de s'adapter.  On peut se rendre compte qu'au fur et à mesure que ces métiers se sont transformés, la généalogie a suivi.

D'où la nécessité, pour pouvoir survivre, d'innover. Question de vie ou de mort. La généalogie en a été bouleversée, même si, en terme de marché, elle est encore imparfaite. Mais de moins en moins. Les généalogistes se forment et par là, le marché se déverrouille.

Je crois que l'on peut observer ce qui se passe actuellement entre Genealogie.com, les archivistes, les généalogistes par ce biais-là. Comme une nouvelle innovation pour pouvoir survivre, sans doute maladroite dans la forme, où une partie du savoir est peut-être en train d'être transféré de ceux qui  en avaient la garde depuis des siècles, voire depuis la nuit des temps, à un nouvelle forme de gardien. Avec tout ce que cela peut entraîner de résistances. Attention, je ne me place pas en terme de bien ou de mal. Simplement en terme économique. A voir.

Voir aussi : Prospective

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Généalogie et théorie économique des biens

Par Stéphane Cosson le 11 août 2011 | (2) Commentaires | Permalink

Lire la note de Jordi Navarro "Valoriser le patrimoine : entre bien public et intérêts privés" (http://papiers.poussieres.free.fr/index.php/2011/08/06/valoriser-le-patrimoine-entre-bien-public-et-interets-prives/#more-883) m'a interrogé sur la théorie économique des biens. Pouvais-je l'appliquer à la généalogie vue de l'angle professionnel ? Alors, avant une semaine de vacances bien méritée, voilà ce que j'en ai compris. Jordi, toi qui l'a plus potassé que moi, si j'ai  fait des erreurs, tu n'hésites pas surtout à corriger.

La généalogie professionnelle est un bien privé. Le temps que je consacre à un de mes clients m'empêche de le consacrer à d'autres (exclusivité). Mais tous mes clients veulent bien sûr que je m'occupe de leur généalogie (rivalité).  Je peux en outre fixer un prix couvrant au moins le coût de production.

Pour cela, j'utilise les autres biens. Quand je me sers des sites des Archives Départementales, que j'effectue des vérifications par le biais des arbres publics en ligne ou des sites des associations (hors de leur base de données sauf quand elle est ouverte à tous), j'utilise, il me semble, des biens collectifs. Ils n'appartiennent à personne, tout le monde y a accès de la même façon (non exclusivité). Le fait que je m'en serve ne vous empêche pas de le faire (non rivalité).

Si je suis membre d'une association, ou sympathisant de celle-ci,  et que je puisse par son intermédiaire me servir de Geneabank ou de leur base de données, si j'ai payé un club privilège d'une des sociétés commerciales qui me permette d'avoir accès à des arbres privés, à d'autres archives, je me sers de biens à péage. Un contrôle d'accès existe (exclusivité) mais m'en servir ne vous empêche pas de le faire si vous avez comme moi payé un droit (non rivalité).

Je peux aussi être en salle de lecture d'Archives Départementales à consulter des registres non numérisés (la majorité des archives) ou les copies papier de relevés systématiques faits par des associations ou des particuliers.  Dans ce cas, je me sers de biens communs : vous ne pouvez pas vous en servir tant qu'ils sont sous mon nom (rivalité) mais, une fois que je les ai rendus au président de salle, vous pouvez alors les commander pour les lire à votre tour (non exclusivité).

Reste le cas de mes propres recherches. Où se situent-elles ? Je crois qu'en fait tout dépend du point de vue : mes clients ou moi, généalogiste professionnel. Si je me mets au centre, alors il me semble qu'elles sont elles aussi un bien privé. Je suis le seul à pouvoir m'en servir. Si je me place du point de vue de ma clientèle, il me semble qu'elles sont alors un bien commun. Deux de mes clients, ou plus, peuvent avoir les mêmes ancêtres ou les mêmes familles dans leurs ancêtres (non exclusivité). Les ancêtres n'appartenant à personne, ils y ont accès de la même façon. Mais comme il s'agit de mes recherches, et que je suis généalogiste professionnel, un prix existe. Mais un prix différent en fonction d'où se place le client. Si c'est la première fois que j'effectue la recherche, le prix est celui de la recherche dans les archives. Si, par contre, les recherches sont déjà faites, le prix est composé du temps de recherche dans ma base et d'un coût de saisie. Et là il y a rivalité entre les clients : Premier utilisateur ou pas ?

 Certains de mes confrères, à propos des recherches que nous effectuons, pensent non pas en terme de données, d'actes (comme je le fais) mais en terme d'arbre généalogique recherché par client. Il s'agit alors de bien complètement exclusif, sans rivalité puisque chaque client est étanche vis-à-vis des autres de ce point de vue. La  rivalité existe seulement dans le temps consacré à chacun.

Nous sommes donc, à ce sujet, je crois, à mi-chemin entre le bien privé et le bien commun. Où se situe le juste milieu ? Je n'en sais rien. Y en a-t-il un d'ailleurs ?

Voir aussi : Prospective

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Généalogie : Chronique d'une évolution sémantique

Par Stéphane Cosson le 17 juin 2011 | (0) Commentaires | Permalink

Lisant un ouvrage sur le management et le marketing du luxe, les auteurs à un moment donné parlent de l'évolution sémantique de ce mot, à partir de définitions, de citations. Histoire de voir comment le terme a évolué au fil des siècles et de mieux connaître les mots que l'on met derrière. C'est alors que je me suis dit : qu'en est-il de la généalogie ?

Tout d'abord une définition, extraite du Littré : Suite d'ancêtres qui établit une filiation. Etude et connaissance de l'origine et de la filiation des familles.

Je suis alors parti à la recherche de la définition de la filiation : Descendance de père en fils, en ligne directe. Plus particulièrement, seul degré de génération des pères et mères aux enfants se prouvant par l'acte de naissance.

A priori, quelque chose de sérieux, qui se prouve et qui semble irréfutable. Les citations concernant la généalogie renvoient-elles à  cela ? Malheureusement, pas toujours. On peut regrouper celles-ci en plusieurs notions au fil des siècles.

Il y a bien la notion de continuité qui a perduré tout au long des siècles, depuis la Bible jusqu'à nos jours. A cette notion de continuité se rattachent les notions de fierté, de souvenir, de passage du relais. Ce sont plutôt des mots positifs. Quelques citations sur ce sujet :

Nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants. Antoine de Saint-Exupéry

Nos disparus ont, dans une grande partie, fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. J. Ruskin

Souvenez-vous des oeuvres qu'ont faites vos ancêtres chacun dans leur temps et vous recevrez une grande gloire et un nom éternel. Machabées, L.1 c.2 v.51

Une deuxième notion est beaucoup plus négative : on parle alors de vanité, de sottise, d'imbécilité. Cette acception du mot semble apparaître vers le XVIIe siècle et a duré jusqu'au XXe. Quelques citations à ce sujet :

Il avait eu la ridicule vanité d'acheter une généalogie. Madame de Genlis.

Senantes fort en généalogie comme sont tous les sots qui ont de la mémoire. Patricius Hamilton

Singe : animal arboricole qui se sent également très à l'aise dans les arbres généalogiques. Ambrose Bierce

Alors j'ai commencé cette chasse imbécile aux extraits de naissance, aux certificats de baptême, cette chasse indiscrète aux actes de mariage, cette chasse où l'on a l'air de dénicher des nids dans son arbre généalogique. Sacha Guitry

En même temps, est apparue une autre notion, celle de fausseté, de l'invention. Alors que la généalogie est une question de preuves irréfutables, voire de probité, on est passé au faux et à l'usage de faux, à la fraude, notion qui a perduré jusqu'au XXe siècle. Notion là encore pour le moins négative. Quelques citations :

Mais combien de maisons, encore toutes neuves, sont illustres pourtant, grâces aux fausses preuves. Le généalogiste est payé pour cela. L. Petit (de Rouen)

Le généalogiste est payé pour cela : il tire d'un héros le fils d'un quinola [valet de chambre ou autre homme gagé qui mène une dame]. L. Petit (de Rouen)

Adieu ! Je vais chercher un généalogiste. qui pour quelques louis de je lui donnerai, me fera, sur le champ, venir d'où je voudrai. Edme Boursault

Aussi cet homme a-t-il un pauvre métier : il est généalogiste. Montesquieu

L'abbé d'Estrées était à la campagne en qulité de généalogiste et de polission chez Monsieur de la Roche-Aymon. Voltaire

La généalogie est une science rigoureusement inexacte, à cause des bâtards. Léo Campion

Dans ces deux notions, intervient aussi celle d'achat mais dans un but malhonnête. Ce qui peut peut-être expliquer pourquoi les généalogistes actuels tiennent tant à cette notion de gratuité et pourquoi en tant que professionnels nous avons du mal à proposer nos services à leur véritable prix.

Enfin, une dernière notion est toute récente, sans doute en lien avec le renouveau de la recherche généalogique et sa démocratisation. C'est la notion de recherche de soi. Et là, nous revenons, mais différemment, à la notion de continuité car apparaît en même temps un certain narcissisme, un certain hédonisme. Je recherche d'abord pour moi parce que cela me fait plaisir. C'est aussi une manière de se retrouver, de rester stable dans un monde en perpétuel mouvement. Quelques citations, toutes du XXe siècle et où toutes emploient le "je". Ce qui ne me semble pas anodin :

Chercher ses racines, c'est au fond se chercher soi-même : qui suis-je ? Quels sont les ancêtres qui m'ont fait tel que je suis ? Claude Lévi-Strauss

Le succès de la généalogie ne témoignerait-il pas d'un besoin d'appartenance pour lutter contre une culture qui dilue les groupes sociaux ? Boris Cyrulnik

Je crois beaucoup à la transmission de nos caractéristiques, de génération en génération... à un moment donné, j'ai été curieux de connaître mes origines. Georges Simenon

Ce doit être merveilleux d'avoir des ancêtres, je sais que nous en avons tous, mais les connaître, pouvoir évoquer leur passé, découvrir dans les vieux papiers leur comportement, je crois que c'est une sorte de joie. Une joie snob, n'est-ce pas ? Pourquoi snob ? Je ne parle pas d'eux du tout afin de prouver que je vaux davantage parce qu'ils ont existé. Simplement, je cherche mes raisons d'être, les éventuelles justifications de mon propre comportement. Vers quelle source devrais-je retourner, sinon vers eux ? Christine Arnothy

 

Voir aussi : Prospective

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Des licences de réutilisation commerciale nationales ?

Par Stéphane Cosson le 6 avril 2011 | (0) Commentaires | Permalink

Une cliente vient de me demander de lui lire des actes numérisés dont elle a besoin. Ces actes sont sur Internet. Plutôt que de les imprimer, me les scanner pour les envoyer par e-mail ensuite (il n'est pas possible de les télécharger directement), elle m'a donné les dates des actes et les numéros de vues.

C'est un département inhabituel pour moi, en ce sens qu'il s'agit d'un département pour lequel je n'ai pas d'offre de recherches. Toutefois, pour pouvoir accéder aux actes, il me faut signer une licence de réutilisation commerciale. Ce sera sans doute ma seule demande dans ce département.

Par contre, je suis dans une de mes prestations : SOS Paléo. Et là, je peux lire des documents venant de n'importe où en France, photographiés par les généalogistes ou tirés des collections numérisés. Si j'ai bien compris le système des licences, il y a signature pour chaque nouveau département sur lequel on effectue des recherches et une signature pour l'année N est à renouveler l'année N+1.

Une question que je me pose : et s'il était mise en place une procédure de signature de licence de réutilisation commerciale se basant sur le modèle de la procédure d'accès par dérogation à l'état civil de moins de 75 ans pour les généalogistes professionnels ?

Cette procédure de signature serait gérée au niveau de l'administration centrale (SIAF) qui délivrerait des licences "simples" (sans précision des séries consultées, s'il s'agirait de photos prises par le généalogiste ou issues des collections numérisées par les Archives), valables pour une durée de 2 ans, sur l'ensemble du territoire national. Elles seraient délivrées par cabinet ou étude généalogique, pour un nombre de collaborateurs nommément désignés ayant fournis les justificatifs requis.

Si le généalogiste professionnel veut ensuite faire une réutilisation commerciale avec diffusion publique d'images, donc obligation de payer une redevance, il y aurait alors signature d'une deuxième licence spécifique aux Archives Départementales qui percevraient la redevance.  Une idée comme cela, pour éviter de se retrouver dans la même situation que pour les dérogations à l'état civil avec encombrement des demandes.

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Un client "incapable"

Par Stéphane Cosson le 29 mars 2011 | (0) Commentaires | Permalink

Un monsieur me téléphone pour faire des recherches. Son grand-père a un prénom un peu particulier : Voca. Il pense qu'il est d'origine noble espagnole. Sa soeur a fait des recherches (qu'elle ne veut pas lui transmettre) et ils descendraient de Louis VI le Gros. Bref, il me demande de vérifier tout cela.

Ne pouvant se déplacer, je vais chez lui en discuter.  Il me donne la date de naissance et le lieu de naissance de son grand-père, point de départ de la recherche. Il peut y mettre 100 € par mois et me dit que cela prendra le temps que cela prendra, qu'il n'est pas pressé.

A un moment, il me sort son extrait de naissance à lui, pensant que j'en ai besoin. Et là je vois par trois fois : répertoire civil n° XXXX. Je prends en note le dernier numéro car cela m'a fait tilt.

Répertoire civil. Ce n'est pas lui qui gère son argent. Il a un tuteur ou un curateur. Bref, il va me falloir contacter ce dernier. Je ne démarre pas le dossier sans son accord. J'ai déjà eu affaire à des clients sous tutelle par deux fois. Mon contact était toujours le tuteur. C'est à lui que j'envoyais les factures (au nom de la personne sous tutelle certes, mais à l'adresse du tuteur). C'est le tuteur qui m'avait toujours demandé de faire la recherche.

Comme il ne m'en parle pas, il va me falloir le chercher. C'est le numéro du répertoire civil qui va m'en dire plus. Je ne démarre pas le dossier sans son accord, c'est trop casse-gueule. Je ne suis même pas sûr que les 100 € dont le monsieur me parle, même en liquide comme il me dit, il puisse les avoir.

Qu'il me paye en liquide ne me gêne pas. Il y aura facturation quand même de ma part. Je ne fais pas de black, cela ne rapporte rien à part des ennuis.

Je commençais à rechercher le nom du tuteur ou du curateur quand le monsieur m'a rappellé. Son curateur ne lui avait pas donné son accord. Les recherches étaient interrompues. Heureusement, j'avais eu le bon réflexe avant de commencer sa généalogie.

Voir aussi : Prospective

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L'avenir de la généalogie

Par Stéphane Cosson le 7 janvier 2011 | (0) Commentaires | Permalink

Dans le dossier consacré au généalogiste familial, paru dans Gé-Mag, Jérôme Malhache et Myriam Provence ont donné leur conception du métier : un expert en histoire des familles, qui exhume des personnages oubliés de l'Histoire et leur donne de la consistance en le resituant dans son contexte socio-économique, en recherchant des éléments de carrière, de patrimoine. Bref un biographe des petites gens.

Cette question de la biographie m'a alors curieusement renvoyé à un ouvrage de Vincent Duclert que je suis en train de lire intitulé : l'avenir de l'histoire. Son introduction, pour moi, est la partie la plus intéressante.

Dans cette introduction, Vincent Duclert, nous dit que penser l'avenir de l'histoire conduit l'historien au coeur de sa discipline. Il peut aider les générations présentes et futures à comprendre l'imprévisibilité de l'avenir du monde. Il en a le pouvoir critique mais ce pouvoir dépend de la volonté des historiens de penser ce qu'ils sont et vers quoi ils vont. Les historiens construisent l'avenir à travers leur examen du passé. Leur pouvoir  ? Nommer, ordonner, mesurer. Penser l'avenir de l'histoire, c'est définir de ce que l'on entend par histoire afin de parvenir à la relation qu'elle entretient avec l'avenir, avec son propre avenir.

Il y a un choix à faire en faveur de la vérité du passé, aussi nécessaire pour une exigence de connaissance des temps révolus que pour la conception des sociétés présentes. Ce choix concerne tous ceux qui, de près ou de loin, contribuent à la recherche.

De ce fait, si j'en reviens au généalogiste...

Le généalogiste est l'historien des humbles qui, déjà pour Michelet, composent la France (ou tout autre pays), l'humanité pour faire simple. Ces humbles, Jules Michelet les envisageait comme porteurs de la parole de ce qu'il appelait le "peuple", fondateurs de la "conscience" d'un pays. Aucun rôle direct, aucun pouvoir d'agir en face des évènements. Mais participant à l'histoire par leur constitution d'une pensée collective, de mentalités profondes et méritant alors l'attention de l'historien.

Le généalogiste peut, par son travail, aider l'historien à rétablir la chaîne des faits, des idées d'où sortirent les points essentiels que tout le monde connaît. Il a alors une éthique de vérité qui le dirige vers des dispositifs puissants de recherche. La généalogie, tout comme sa grande soeur, s'impose à travers sa connaissance. Se reposer sur la connaissance du passé pour pouvoir mieux construire l'avenir.

En sortant de l'oubli des individus, en habillant l'arbre généalogique, il me semble que le généalogiste, professionnel ou amateur, a de ce fait un rôle beaucoup plus important que celui qu'il veut bien se donner.

Voir aussi : Prospective

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généalogie et serious game

Par Stéphane Cosson le 18 novembre 2010 | (2) Commentaires | Permalink

Vous connaissez sans doute les serious game si vous avez des adolescents à la maison. J'en ai personnellement entendu parler la première fois quand je suis allé au colloque des cyber-bases à Paris où était présenté un serious game sur la manière de devenir entrepreneur. Cela m'avait interpellé et j'avais commencé à y penser, comme cela, de très loin, pour la généalogie. Et en ouvrant ce matin le journal de ma communauté d'agglo, je vois à nouveau un article sur les serious game. Là, je me suis dit qu'il fallait plus me renseigner. Si même les communautés d'agglo s'y intéressent...

Dans le domaine de la généalogie, le but ne serait pas de conquérir de nouvelles terres inconnues, de gagner des batailles ou de construire des villes. Le but serait plutôt de mettre en place un outil complétant la formation dite présentielle (en face en face avec un professeur).

Introduire de l'interactivité et la démultiplier dans un support média. La généalogie est un domaine où, nous le voyons tous, tous les jours, nos connaissances évoluent au fur et à mesure de nos recherches. Alors pourquoi ne pas mettre en place, je ne sais pas encore comment ni avec qui ni non plus à quel coût, un outil de formation évolutif, mobile, adapté non seulement à notre secteur mais aussi aux différents profils des généalogistes ?

Cela pourrait vouloir dire s'entourer de nombreuses compétences : sociologie, histoire et civilisations, sciences de l'éducation, informatique et sans doute bien d'autres. Cela pourrait aussi vouloir dire mettre en place un "laboratoire" avec de nombreux partenaires. Mais et pourquoi pas ? Où serait le risque ? Qu'en pensent les geeks généalogistes ?

Voir aussi : Prospective

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Canevas stratégique

Par Stéphane Cosson le 13 juin 2010 | (2) Commentaires | Permalink

Existe-t-il des différences entre ma manière de voir mon métier et la manière de le voir par mes confrères ? Sans doute que oui. Mais est-il possible, concrètement, de savoir sur quels critères ces différences portent ?

Je me suis servi pour essayer de déterminer cela d'un élément : le site Internet de chaque généalogiste qui, il me semble, est une bonne vitrine de la manière dont ce dernier se montre au public. Et j'ai essayé à partir de ceux-là de trouver des critères communs à tous pour voir si ensuite je pouvais tracer une courbe. J'ai essayé aussi de récupérer tous les éléments qu'ils pouvaient donner en dehors de leurs sites : publicité, ce que je connais des opinions développées par les généalogistes par rapport à certains points d'achoppement entre nous (qui ont fait que je n'appartiens plus à aucune chambre syndicale vraisemblablement pour cette raison). Je n'ai pas forcément raison, loin de là. Personne n'est infaillible. Personne ne détient la vérité. Il n'en existe pas.

Premier critère qui me semble primordial pour la majorité de mes confrères : le rapport. Il s'agit d'un dossier établi à la fin des recherches comprenant une fiche pour chacun des ancêtres, des photos ou photocopies et/ou des transcriptions d'actes, une liste d'ascendance complète, un arbre généalogique, un écrit de plusieurs pages qui précisera tous les documents consultés, donnera le détail effectué, commentera les résultats et définira les recherches complémentaires à mener. On peut y trouver en plus une carte, des photos des communes des ancêtres voire de leurs lieux de vie... C'est un critère très fort pour mes confrères. Personnellement, je l'ai complètement exclu sauf en cas de cadeau.

Deuxième critère, en lien avec le premier : les logiciels de généalogie. S'ils présentent dans leurs rapports des tableaux généalogiques, ils utilisent forcément un logiciel de généalogie. Personnellement, très peu souvent sauf pour les articles sur la généalogie d'une personnalité.

Troisième critère qui me semble en lien avec le premier : les délais.  Dans les sites que j'ai pu consulter, mes confrères annoncent des délais de rendu du résultat entre 1 et 6 mois. Cela peut aller jusqu'à 18 mois d'attente. Ne faisant pas de rapport, j'envoie les résultats à mes clients au fur et à mesure que je les trouve. Les délais sont alors beaucoup plus atténués.

Quatrième critère : les arbres généalogiques agnatiques, cognatiques, par quartiers, descendants. Cela me semble être là encore un critère fort dans la profession.Tous les proposent avec des tarifs fort variables (voir ma note à ce sujet sur les tarifs des professionnels). Je les ai exclus de ma proposition commerciale. Je n'en fait pas, on ne me l'a jamais demandé. Cela ne sert rien, à mon sens, de le proposer. Mais c'est mon opinion. Elle n'engage que moi.

Cinquième critère : la publicité payante dans les magazines de généalogie. C'est en dehors des sites mais cela me semble complémentaire de ceux-ci. Beaucoup en font, voire en font dans plusieurs magazines, en plus de publicités gratuites que certains peuvent obtenir en échange de services qu'ils rendent au magazine. Les seules publicités qui apparaissent me concernant, j'ai pu les obtenir gratuitement. J'ai exclu toute publicité payante dans les magazines.

Sixième critère : les bases de données. D'après ce que j'ai pu voir, très peu en proposent. Ne serait-ce qu'une simple liste-éclair.  Est-ce en lien avec les rapports ? Considèrent-ils que chaque dossier à des données qui lui sont propres et qu'ils ne peuvent proposer à d'autres ? Personnellement, je fais une différence entre mes dossiers clients et les données que je peux récolter. Je ne revends pas un dossier client, je revends des données que j'ai pu récolter. J'ai un site dédicacé qu'à cela. Revendre des données, montrer qu'on a déjà travaillé sur une famille qui intéresse un prospect, pouvoir lui répondre rapidement est pour moi primordial.

Septième critère : Internet. Tous mes confrères n'ont pas encore de site. Ce n'est pas un reproche. Ils ont sans doute choisi une autre manière de se faire connaître qui leur convienne mieux. Si on rajoute là dessus les réseaux sociaux, les blogs... Cela devient encore plus le désert. Pour les blogs, Jordi Navarro l'a montré avec brio : deux professionnels !

Huitième critère : l'innovation. Quasi inconnue. Nous sommes dans un océan rouge de concurrence. Dommage !

Neuvième critère : l'approche commerciale. Je mets sous ce terme la manière dont on peut proposer de faire les recherches. D'après ce que j'en sais, mais je peux me tromper, ils proposent un tarif pour une prestation, et c'est à prendre ou à laisser. Cela me semble être en lien avec le premier critère du rapport. Personnellement, je pose toujours la question suivante à mes prospects : combien pouvez-vous mettre d'argent mensuellement pour que vous puissiez vous payer ce plaisir qu'est la généalogie sans grever par ailleurs votre budget ? Je m'adapte ensuite à ce budget mensuel. Je préfère travailler pour quelqu'un qui me met 50 € par mois pendant 7 ans, parce que je sais que ces 50 € il peut, plutôt que de lui faire un devis à 4200 €.  In fine, le résultat est le même. Ce n'est pas passé de la même manière.

Dixième critère : le partenariat avec les sociétés commerciales. D'après ce que j'en sais, mais là encore je peux me tromper, cela me semble très peu développé chez mes confrères. Personnellement, si c'est possible, je n'hésite pas.

Attention, le but n'est pas de montrer que je suis un parangon de vertu, ou que j'ai tout juste et eux tout faux, ou que sais-je encore. Simplement, de montrer que, stratégiquement, du point de vue économique, nous n'avons pas choisi les mêmes options. Il n'y a aucune notion de bien ou de mal derrière mon écrit, aucune notion de morale. Si nous pouvions tracer une courbe sur ces critères-là, nous aurions des courbes complètement différentes. C'est tout. Rien d'autre. Et c'est bien assez suffisant.

 

 
  

Voir aussi : Prospective

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La crise économique fait-elle venir un nouveau public dans les services d'archives ?

Par Stéphane Cosson le 26 mai 2010 | (0) Commentaires | Permalink

J'ai lu un très intéressant article, dans Le Monde 2 il me semble, qui parlait du nouveau public qui arrivait dans les médiathèques à cause de la crise économique, un public avec des attentes différentes auxquelles les personnels n'étaient pas entièrement, voire pas du tout, préparés. Il pouvait s'agir d'hommes entre 30 et 50 ans, au chômage, qui venaient à la médiathèque parce que cela leur permettait de sortir de chez eux, de voir du monde, de bénéficier de services gratuits comme Internet où ils pouvaient dépouiller les petites annonces. Il pouvait s'agir de personnes âgées qui venaient parce que la médiathèque proposait des cours informatiques à prix défiant toute concurrence. Entre autres publics.

Bref, des gens qui venaient là pour rompre leur solitude. Et je me suis posé la question si, à un moment donné, les Archives n'allaient pas recevoir le même type de public. Pas pour les mêmes attentes que ce qu'ils peuvent trouver dans une médiathèque. Les rôles ne sont pas les mêmes. Mais un public qui vient pour éviter de se retrouver en grande conversation avec son poste de télévision qui ne lui répondra pas.

Quand je relis les résultats du sondage, quand je vois les attentes des "jeunes" générations de généalogistes, je me dis qu'il y a sans doute quelque chose à faire, dans le cadre d'un service éducatif qui serait orienté formation pour adultes par exemple. Je l'ai toujours dit, et je le pense de plus en plus, les ancêtres, l'histoire en général, dans notre monde en mouvement perpétuel,  ce sont les seules choses qui ne peuvent plus bouger.Et cela peut servir de base pour pouvoir rebondir, parce que ce sera toujours stable, fixe. On peut s'appuyer dessus pour retrouver un sens à sa vie.

Alors certes cela peut être compliqué à gérer parce qu'on peut avoir affaire à des personnes en rupture de la société, à qui il faut redonner les règles de vie les plus élémentaires de type "on arrive propre, à jeun de toute substance illicite ou alcoolisée" ou plus simplement "on arrive à l'heure et quand on ne vient pas, on prévient".  Mais les deux expériences que j'ai mené avec des groupes de personnes, très éloignées du monde du travail pour l'un ou qui avait simplement besoin d'un coup de pouce de reconnaissance pour pouvoir redémarrer pour l'autre, je me dis qu'une transversalité est sans doute possible. Et qu'on peut amener les gens différemment vers l'histoire, les Archives, la généalogie et ensuite une reprise en main de leurs vies. Mais quel Conseil Général, quel directeur d'Archives sera assez innovant pour vouloir tenter l'expérience ?

Voir aussi : Prospective

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"Pour croître, tournez le dos à vos concurrents"

Par Stéphane Cosson le 15 mai 2010 | (0) Commentaires | Permalink

C'est ce que conseille Les Echos à propos de la Stratégie Océan Bleu. Cela peut être intéressant effectivement quand on propose quelque chose que personne d'autre ne propose et que personne ne veut suivre. Cela laisse du champ extrèmement libre.

Mais en même temps, je me demande si cela ne peut être casse-gueule. Tourner le dos aux concurrents c'est aussi accepter d'être seul. Accepter de partir dans une autre direction qu'eux, complètement à l'opposé. Effectivement, il n'y a plus personne qui vous bouscule pour prendre la place. Mais je crois qu'en terme de reconnaissance, cela peut être aussi un chemin difficile. Je crois que cela peut provoquer de la jalousie. Je crois que ceux des concurrents qui se retourneront à un moment soit essaieront de vous faire revenir en vous prenant par la manche, soit vous regarderont de haut : qui c'est celui là qui fait différemment de tous les autres ? Pour qui se prend il ?

C'est aussi accepter qu'à un moment les autres s'arrêtent, se retournent et vous regardent faire, en espérant qu'à un moment ou à un autre, vous allez trébucher et demander leur aide. Qu'ils s'empresseront de vous refuser. Il me semble que c'est un chemin difficile. En tout cas, un chemin qu'il n'est pas possible de faire entièrement seul. Il faut y aller en mettant en place des gardes-fous. Mais cela peut être un chemin intéressant. En tout cas, c'est un chemin qui me tente. De plus en plus.

Voir aussi : Prospective

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