La lancinante question de la rentabilité chez les généalogistes familiaux
Par Stéphane Cosson le 27 décembre 2011 | (66) Commentaires | Permalink
Ah cette fameuse question ! La lecture d'un petit article de Renan Yvon sur le site de la RFG m'a fait rebondir à ce sujet. De même qu'une conversation avec une consoeur .
Comment résoudre le problème de ce temps de synthèse que l'on passe pour nos clients ? Des recherches nécessitant après une journée aux AD un à deux jours (parfois plus) de travail intense : traitement des photos, saisie des données, mise en forme etc. aboutissant au dossier que le client demande. Comment reformuler le fameux "forfait d'une journée aux AD comprenant etc." ? écrit-elle dans un de nos échanges.
A partir de là, j'ai fait un petit calcul parce que cela me paraissait important de chiffrer derrière, d'avoir du concret. Mettons qu'elle fasse payer 30 euros l'heure. Mettons que les AD soient ouvertes au public 7 heures par jour. Le forfait d'une journée aux AD est donc de 210 euros, prix payé par le client hors frais de déplacement. Et pour ce prix, il a donc un dossier comprenant la saisie des données, des photos, un arbre généalogique, etc. le tout relié.
Pour cela, elle passe un à deux jours de travail intense en plus des recherches aux AD. Un jour de travail intense signifie pour moi que ce jour-là est un jour où je travaille plus de 8 heures. C'est mon interprétation, pas forcément la sienne. Dans ce cadre, deux jours de travail intense, ce sont deux jours où je travaille de 10 à 12 heures, voire plus encore. Mettons 10 heures/jour.
Quel est alors le temps de travail réel pour un forfait d'une journée aux AD ? 27 heures (7 heures de recherches + 20 heures de travail derrière). Et non plus 7 heures.
Quel est le prix réel du travail effectué ? 810 € (27 heures multipliées par 30 € l'heure). Et non plus 210 €.
Mais quel est le prix réel horaire payé par le client ? 7,78 € (210 € divisés par 27 heures de travail effectives). Et non plus les 30 € annoncés. Puisqu'il ne paie pas le travail de synthèse qui s'est déroulé derrière le temps de recherche mais le forfait d'une journée aux AD. Pour mémoire, le SMIC horaire passera à 9,22 € brut au 1er janvier 2012.
Je crois que ces quelques chiffres permettent de savoir concrètement où se situe le problème de cette lancinante question de la rentabilité chez les généalogistes familiaux. Questions : le client est-il prêt à payer 810 € un travail qu'il payait auparavant 210 € ? L'augmentation n'est pas vraiment une "petite" augmentation. Il risque fort de ne pas vouloir. Le but n'est pas non plus de perdre notre clientèle. Ou bien le client est-il prêt à payer le même prix, 210 €, voire légèrement augmenté de 2 heures, pour un travail rendu différemment ? Que faut-il : rémunérer toutes nos heures de travail ou faire cadeau d'au minimum les 2/3 de celles-ci ? Si c'est faire cadeau des 2/3, autant l'annoncer clairement et ne plus définitivement se poser cette question de la rentabilité. Mais n'est-ce pas alors dévaloriser notre travail ?
Voir aussi : Secteurs d'activité
Un familial peut-il se développer autant qu'un successoral ?
Par Stéphane Cosson le 26 novembre 2011 | (14) Commentaires | Permalink
Il y a quelques années, quand j'étais encore membre d'une chambre c'est dire si cela date, j'avais discuté avec des confrères généalogistes familiaux, affirmant qu'il était possible à un généalogiste familial de pouvoir se développer autant qu'un généalogiste successoral, voire même réaliser un chiffre d'affaires équivalent. Mes confrères n'y croyaient pas du tout. Et le mot est faible.
A l'heure où je me pose des questions sur une éventuelle embauche d'une, voire deux, personne(s) en plus (pour pouvoir profiter de mes week-ends, par exemple, ou ne pas faire attendre des clients plusieurs mois par manque de temps à leur consacrer complètement, ce qui est plus grave que mes week-ends, et enfin développer des projets qui dorment dans des cartons depuis plusieurs années faute de manque de temps), la question surgit à nouveau. Il faut dire que ma lecture actuelle sur l'économie de la connaissance (eh oui, le livre est petit mais dense, donc long à lire) n'y est sans doute pas pour rien.
Il existe en économie de la connaissance ce qu'on appelle l'Argument de Baumol. De quoi s'agit-il ? Il y a dans notre économie des secteurs progressifs et d'autres qui ne le sont pas. Presque une lapalissade dit comme cela. En fait, il faut aller chercher plus loin.
Il y a des secteurs intrinsèquement non progressifs pour lesquels les limites de la croissance sont inhérentes à la substance de l'activité. C'est le cas du spectacle vivant. Difficile d'accélérer la musique de Mozart ou de jouer une pièce avec moins d'acteurs que prévu.
Il y a aussi des secteurs structurellement non progressifs. Les problèmes sont liés aux modes de création et d'exploitation des savoirs. ils ont été établis à un moment donné, compte tenu d'un certain état des connaissances. Ils peuvent donc évoluer. Mais parfois, cette évolution "naturelle" peut être ralentie par des "croyances".
Pour moi, le secteur de la généalogie professionnelle est typiquement là dedans. Ce que j'ai entendu de mes confrères lors de cette discussion passée est une croyance. Rien n'empêche le développement économique a priori. Il existe des opportunités offertes notamment par le changement technologique mais pas seulement. Par contre, je subodore que l'on se met des freins. Car le secteur de la généalogie s'est transformé. De nouveaux acteurs sont apparus, se sont développés, s'adaptaient au fur et à mesure que la généalogie évoluait. Et nous ? Que s'est-il passé pendant ce temps-là ? A part d'être à la traine ?
Pourquoi n'osons-nous pas ? De quoi avons-nous peur ? C'est comme si nous n'avions pas pris conscience de nos avantages, des arguments que nous pouvons faire valoir à notre clientèle, des preuves que nous pouvons apporter de notre savoir. C'est en tout cas l'impression que j'ai parfois quand je suis des formations et que je discute avec d'autres professionnels libéraux. En tout cas, c'est ce qu'ils me renvoient et je ne me sens pas "coincé", étant plus dans l'envie de développer mon entreprise.
Et si on essayait pour une fois de croire l'inverse, que nous sommes en capacité de nous développer, de prendre une place suffisante ? Après tout, quel est le risque ?
Voir aussi : Secteurs d'activité
Analyse de la facturation sur 10 ans
Par Stéphane Cosson le 25 juin 2011 | (2) Commentaires | Permalink
Combien un généalogiste amateur est-il prêt à mettre financièrement dans sa passion ? La crise économique joue-t-elle un rôle ou pas en freinant par exemple ses dépenses ? C'est ce que j'ai essayé de comprendre en analysant sur 10 ans (2000-2010) le CAHT de mes clients à propos, exclusivement, des recherches généalogiques qu'ils m'ont commandé.
J'ai volontairement exclu les clients formation et ceux de la paléographie. Il me semble que leurs motivations ne sont pas forcément les mêmes. De même, les montants des commandes ne sont pas les mêmes.
En 10 ans, 230 clients ont passé commande pour un CAHT total de 169 247 €. En 10 ans, c'est un volant qui me semble à la fois correct et minimum pour pouvoir avoir une affaire qui tourne correctement. Soit un CAHT annuel de 16 924, 70 € moyen pour ce type de prestation. Avec d'autres prestations à côtés, articles, paléographie, formation ou autres, cela permet de se payer normalement tous les mois.
Ce qui représente aussi une dépense moyenne par client de 735, 86 € HT. Comme il s'agit d'une moyenne, l'intervalle de la fourchette est relativement important : de quelques euros à plusieurs milliers.
Je me suis intéressé aux clients qui sont revenus sur au moins deux ans : 82 clients qui ont quand même réalisé 77% de ce CAHT. Ce qui leur fait une dépense moyenne de 1594, 35 €. Normal au vu du premier chiffre.
Je me suis intéressé ensuite à tous ceux qui avaient une facturation au dessus de cette deuxième moyenne. Ils ne sont plus que 21 et leur dépense moyenne passe alors à 4646,94 € HT. Sachant que parmi ces 21, 3 ont dépensé plus de 9000 € sur une période allant de 3 à 8 ans.
Pourquoi me suis-je plus particulièrement intéressé aux clients fidèles ? Parce que ce sont eux les plus importants, eux qu'il faut absolument choyer dans la clientèle. Ce sont ceux qui rapportent le plus et qui coûtent le moins. Quand une personne vous commande plus de 3500 € HT dans une année de recherches généalogiques, vous allez forcément vous occuper plus de lui que de celui qui ne vous commande que 36 €. Sachant que la qualité d'écoute, la qualité de recherches doit être la même quel que soit le montant. L'un comme l'autre peuvent me recommander à d'autres clients. Ce n'est pas le moment de négliger l'un au profit de l'autre. La qualité doit être la même. En tout cas pour moi, c'est un point d'honneur.
En même temps, voici ce qu'écrit Pierre Bouwyn sur le blog de la CCI de Paris, le 19 janvier 2011 :
Petit retour en arrière sur les crises de la décennie qui vient de s’achever.
- l’éclatement de la « bulle Internet », pour commencer – qui n’a pas empêché Internet d’envahir notre quotidien, faut-il le rappeler ;
- le développement d’un « terrorisme global » avec sa date inaugurale, le 11 septembre 2001, sa figure symbolique, Al Qaida, et en toile de fond, les guerres d’Afghanistan, puis d’Irak, et les ambitions concomitantes de l’Iran ;
- la crise des prix de l’énergie et des matières premières, reflet du développement accéléré des économies émergentes ;
- les crises environnementales, dont les plus visibles ont été récemment les déboires de l’industrie pétrolière en eaux profondes ;
- la crise climatique, désormais reconnue, avec son cortège de « phénomènes naturels exceptionnels » qui n’ont plus d’exceptionnel que le nom ; avec ses réunions internationales rituelles, aussi, dont chacun devine – quand bien même elles parviennent à sauver les apparences, comme à Cancun – qu’elles ne nous épargneront pas des coûts de réparation et de protection considérables ;
- la crise financière, enfin, puis économique, et enfin monétaire, commencée voici maintenant plus de 3 ans, qui n’en finit pas de se métamorphoser et dont nous avons du mal à voir le terme tant la gouvernance économique de la planète, et singulièrement de la zone euro, est balbutiante.
Quand je compare les deux, je me dis qu'il ne peut y avoir que des raisons d'optimisme. Pour moi, la crise économique n'a pas d'incidence sur la volonté ou pas de payer un généalogiste professionnel. En effet, ce raisonnement d'achat ne se fait pas dans une logique de besoin ou d'intérêt. Acheter de la généalogie, ce n'est pas avoir besoin d'acheter des pâtes parce qu'il n'y en a plus (besoin) ou vouloir profiter des soldes pour changer sa garde-robe (intérêt). Par contre, il me semble que le client est plus dans des logiques de désir et de plaisir. Deux logiques réparatrices en période de crise. Deux moteurs dde compensation prédominants pour pouvoir se raconter de belles histoires avec nos ancêtres.
Voir aussi : Secteurs d'activité
Le patrimoine : du sacré au loisir
Par Stéphane Cosson le 11 juin 2011 | (0) Commentaires | Permalink
L'offre patrimoniale a été fortement développée dans le dernier tiers du 20e siècle. Le public est au coeur de la métamorphose. Il a désormais une place politique, économique et sociale. En répondant à l'appel de cette nouvelle offre, il continue de la susciter, même s'il existe un star-system patrimonial : plutôt l'exposition Monet que celle des Archives Départementales.
Pour ce qui est des visiteurs, et je parle bien de visiteurs, la majorité a fait des études supérieures, est composée de jeunes citadins, plutôt en vacances quand ils visitent. Le public des Archives est légèrement différent, d'abord parce qu'on ne visite pas un service d'Archives, on y va pour y travailler. Il change au moins quant à l'âge et au temps. Ce public, plus âgé, senior, peut aller aux Archives n'importe quand et cette notion de vacances intervient moins.
Depuis les années 1980, la représentation que se fait le public du patrimoine a radicalement changée. De même que ses projets d'usage et ses comportements. Et là, il me semble que cela commence à concerner les Archives.
Au départ, la représentation du patrimoine s'est inscrite dans l'univers du sacré : un objet à la limite du surnaturel, séparé du quotidien, hors du commun et des relations marchandes, digne d'un respect absolu et universel.
C'est devenu ensuite un objet de mémoire, de transmission de savoir, de savoir-faire, qu'il convient d'entretenir et de transmettre.
Puis les usagers sont passés au coeur de la raison d'être des organisations publiques. Le patrimoine ne s'est plus trouvé hors du marché. Il est devenu à la place un bien commun appartenant à un environnement marchand qu'il doit prendre en compte dans son fonctionnement.
De ce fait, le patrimoine est aujourd'hui de plus en plus assimilé à des lieux de loisirs offrant des prestations de service. Un exemple qui va peut-être vous choquer mais qui me semble bien entrer dans cette définition : les Archives sont le lieu d'un loisir (la généalogie) pour lequel elles offrent depuis très récement une nouvelle prestation de service (les archives numérisées mises en ligne). L'aviez-vous vu comme cela ?
Le lieu patrimonial est mis sur le même plan que les autres loisirs, entre en concurrence avec. Le divertissement entre au coeur de l'expérience. D'où une interdépendance en général avec le tourisme, première cible marketing désormais du patrimoine. Nous n'en sommes pas encore là, nous autres généalogistes. Quoique...
Ainsi par exemple, le fait que le stage de paléographie proposé par l'intermédiaire de la RFG se fasse à Albi et non sur Paris, soit couplé avec une visite proposée de la ville, patrimoine mondial de l'Unesco, n'est pas complètement anodin, croyez-moi. Ce n'est pas simplement parce que je suis Albigeois et que cela m'est plus facile.
Mais n'oublions pas non plus que nous baignons dans cet environnement qui fait que nous pouvons avoir des demandes parfois en inadéquation avec les Archives.
Une salle de lecture bruyante, où on peut consommer de la nourriture, où les lecteurs peuvent se mettre en groupe autour d'une table et d'ordinateurs pour discuter à des moments de leurs recherches, à d'autres moments à chercher chacun dans sa liasse, où il y aura plus de personnel pour les mener vers des bases de données spécialisées n'est pas encore d'actualité. Cela vous semble inimaginable ? Regardez les bibliothèques. C'est déjà possible. Parce que notre manière de voir le patrimoine a changé.
Voir aussi : Secteurs d'activité
Les caractéristiques de la généalogie
Par Stéphane Cosson le 30 mars 2011 | (1) Commentaires | Permalink
On a tendance à l'oublier, mais la généalogie est un produit culturel. Elle semble tellement répandue que cela peut nous passer complètement à côté.
Et pourtant, en l'analyssant de plus près, elle possède bien les caractéristiques des produits culturels :
- La complexité : La généalogie est une pratique diversifiée : on parle de généalogie ascendante, descendante, successorale et chacune a des pratiques différentes. On ne consulte pas les mêmes documents. Elle a aussi une faible fonctionnalité. Sa valeur est en effet intrinsèque et réside dans son contenu. Cela ne sert pas à la vie de tous les jours, si vous préférez. Elle est aussi multifacette car exigeant des connaissances particulières et son apprentissage repose sur l'acquisition de codes ou de signes : BMS, NMD, Sosa-Stradonitz... Il faut apprendre un vocabulaire pour pouvoir s'y repérer.
- L'unicité : Elle n'est pas reproductible à l'identique. C'est ce qui en fait, économiquement parlant, un marché à haut risque. A chaque fois, sans forcément nous en rendre compte, nous mettons en place des innovations dont le résultat est difficile à anticiper. La licence de réutilisation commerciale est par exemple l'innovation du moment.
- Le symbolisme : Elle ne peut être appréhendée à travers des composantes strictement cognitives. La généalogie exige la prise en compte de notre affect. Il y a du feeling si vous préférez, quelque chose d'indéfinissable qui fait que nous nous intéressons plutôt à une branche, à un ancêtre au détriment de tous les autres. De même, elle requiert un savoir qui n'est pas acccessible immédiatement et facilement. Cela fait aussi partie du symbolisme car cela confère un statut différent entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ou qui apprennent. Les généalogistes investissent aussi des significations symboliques personnelles. On dit souvent que la généalogie sert à réparer une "faute", un manque si vous préférez, et celui de chacun est différent. Pour quelles raisons avez-vous choisi ce loisir ? Même question pour moi en tant que professionnel : pourquoi ce métier ? Enfin, elle est en interdépendance avec le capital économique, culturel et social de chacun. Regardez ce que vous consacrez à la généalogie de ce côté-là et ce que peut y consacrer votre voisin généalogiste. Vous verrez la différence.
- L'hédonisme et l'esthétisme : Cela peut vous surprendre mais vous l'appréciez principalement pour elle-même, pour le plaisir qu'elle vous procure. J'ai rarement vu en salle de lecture des gens avec la mine renfrognée. Ils sont plutôt souriants, avenants, prompts à créer du lien social.
- Une temporalité particulière : Vous le savez, la généalogie est chronophage, autant dans sa production que dans sa "consommation" (la consommation peut être par exemple le temps que vous passez à surfer sur le Net). En tant que loisir, elle existe depuis un peu plus de 30 ans. On espère tous qu'elle va être atemporelle, que ce mouvement va durer "jusqu'à la fin des temps" et que nous allons laisser une trace pour la même durée. Ne me dites pas que vous n'y avez pas pensé, ne serait-ce qu'une seconde, je ne vous croirais pas. Et en plus, nous ne sommes pas fidèles, même si nous nous sommes abonnés à un site. Simplement parce que nous espérons toujours y voir des produits nouveaux. La fidélité existe mais à l'institution. Du coup, il peut y avoir un phénomène de marchandisation amplifié par nos cyber-habitudes qui demandent une profusion de nouveautés tout le temps. Cela implique une augmentation de l'offre. Et même si nous râlons contre certaines sociétés commerciales, elles ne font que nous répondre en mettant en place une stratégie de portefeuille (quelques grands succès pour compenser de nombreux échecs).
Un produit culturel, je vous dis. Nous nous en doutions, mais c'est parfois mieux de savoir pourquoi.
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Progressistes vs conservateurs
Par Stéphane Cosson le 28 octobre 2010 | (0) Commentaires | Permalink
J'ai discuté ce matin avec mon avocat de divers sujets. Et à un moment, nous en sommes arrivés à parler de mon métier. J'ai alors réalisé, grâce à lui, qu'il y avait deux types de personnes dans une profession : des conservateurs, qui préfèrent voir la profession se fermer, et des progressistes, qui préfèrent voir la profession s'ouvrir.
C'est dit ainsi très simplement, mais j'ai alors réalisé quel était mon camp : celui des progressistes. C'était évident pour lui. Ce fut une découverte pour moi. Je ne m'étais jamais envisagé de cette manière là. Partisan des transformations, si j'enlève la connotation politique et sociale qui n'est pas de mise ici.
Il n'y a pas à dire, cela me correspond bien. Mais mettre un nom ou un adjectif sur soi, cela fait toujours bizarre.
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Faut-il être en bonne santé pour être professionnel ?
Par Stéphane Cosson le 17 mai 2010 | (8) Commentaires | Permalink
A un moment, j'ai lu dans le site de Thierry Sabot, rubrique "généalogiste professionnel" une conversation entre un de mes confrères et une autre personne sur la question de la santé. Faut-il être en bonne santé pour être professionnel ? Mon confrère soutient que oui, irrémédiablement oui, dans cette courte conversation.
Ce n'est pas que je veuille aller absolument contre son opinion, mais j'aurais tendance à dire : pas forcément. On peut être un généalogiste professionnel et avoir une petite santé, voire même en étant reconnu travailleur handicapé. Ce n'est pas incompatible.
Il existe en effet des moyens de protection de son capital santé. Prenons le cas : vous êtes généalogiste professionnel et reconnu par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH, auparavant COTOREP) comme travailleur handicapé. Le pourcentage de reconnaissance importe peu.
Vous pouvez, en tant que professionnel libéral, faire un dossier de Reconnaissance de la Lourdeur du Handicap (RLH) auprès de la Direction Départementale du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle (DDTEFP). Pour cela, un service peut vous aider à le monter : le Service d'Aide au Maintien dans l'Emploi des Travailleurs Handicapés (SAMETH). Si le dossier est accepté, vous pouvez obtenir un maximum de 800 € mensuels pendant 3 ans. Le montant est donné au prorata du temps que vous pouvez travailler. 800 € pour les temps où vous ne pouvez pas du tout travailler. Ensuite, il faut renouveler la demande et vous pouvez la renouveler jusqu'à votre retraite. Cela peut vous permettre de souffler par rapport à votre handicap qui est, mettons, une maladie chronique. Ou autre chose, peu importe.
Vous pouvez aussi contracter une assurance Protection de l'Activité Professionnelle. Si à un moment donné, votre handicap exige que vous vous arrêtiez (arrêt maladie signé de votre docteur), l'assurance peut compléter votre revenu. Cela marche aussi si vous êtes un valide : l'appendicite, se casser un membre qui vous empêche de conduire, donc de vous déplacer dans les services d'Archives pour vos clients, par exemple, cela concerne tout le monde. Pas de déplacement veut dire pas de facturation, pas de rentrée d'argent mais toujours des sorties par contre.
L'essentiel est de pouvoir protéger son capital santé. Il n'en existe qu'un et il n'est pas renouvelable. Ce n'est pas après avoir bossé 12 h par jour, sans vacances, sans week-ends et un burn-out qu'il faudra s'en occuper. C'est trop tard, le corps aura lâché, vous devrez lever le pied. C'est aussi, je crois, en tant que professionnel, quelque chose qu'il faut prévoir, anticiper.
Quel que soit votre état de santé, la généalogie est un métier-passion. Alors foncez, éclatez-vous et n'oubliez pas de vous mettre les garde-fous nécessaires. J'en parle par expérience. C'est un des moyens pour vous de durer. Cela l'a été en tout cas pour moi.
Voir aussi : Secteurs d'activité
La main invisible
Par Stéphane Cosson le 29 janvier 2010 | (0) Commentaires | Permalink
Je viens de lire un article de Christophe Deschamps dans lequel il présentait la notion du temps de l'individualisme collectif. Pour cet auteur, avec les outils 2.0, l'individu travaille à la fois pour lui et pour la collectivité. Ce qu'il fait pour lui est mis à disposition des autres. Il rapprochait cette notion du concept de la main invisible, théorisé par l'économiste Adam Smith.
Adam Smith, je connaissais, mais pas ce concept. J'ai donc fait quelques recherches. Deux approches à propos de ce concept de la main invisible :
- l'approche discontinue du libéralisme classique : les marchés sont autorégulateurs et conduisent à l'harmonie sociale. Comment survit une communauté où chaque individu se préoccupe avant tout de son intérêt égoïste ? C'est la confrontation des intérêts individuels qui mène naturellement à la concurrence et donc amène les individus à produire ce dont la société a besoin. LA main invisible oriente le travail vers l'usage le plus utile à la société car c'est aussi celui qui est le plus rentable. C'est une approche qui s'applique surtout à une économie artisanale.
- l'approche unifiée d'inspiration sociale libérale : L'ordre de la richesse matérielle est complètement différent de l'ordre moral entendu comme harmonie ou bonheur intérieur. L'harmonisation doit porter à la fois sur l'un et sur l'autre. Ce qui implique l'impossibilité de réduire l'homme à un simple mécanisme répondant au stimuli de l'intérêt et la nécessité au contraire à ce qu'il utilise au mieux ses sentiments et sa raison. La main invisible traduit ici l'existence de conséquences inattendues; pas forcément favorables. Par contre, connaître si les conséquences sont positives ou négatives sert à nourrir la faculté de juger dont l'usage contribue au bonheur intérieur ou moral. Elle s'inscrit donc dans un processus plus réflexif.
Vous me direz: quel est le lien avec la généalogie ? Il y a pour moi, dans notre communauté, une main invisible comme partout ailleurs. Internet a permis la création de sites communautaires. Regardez un site comme Geneanet, ou ses concurrents, qui est pour moi l'exemple le plus parlant dans ce concept. Ce qui m'intéresse c'est qu'il s'agit d'un site dans lequel vous mettez en ligne vos arbres généalogiques, pas forcément le nom du site.
Votre recherche est individuelle au départ. Vous êtes seuls à vous intéresser à vos ancêtres. Vous mettez en ligne donc sur ce site, ou sur un autre, peu me chaut. Du coup, il y a une indexation des noms de famille sur lesquels vous avez travaillé. On peut vous contacter, faire des échanges avec vous. Vous sauvegardez aussi par ce biais vos recherches. Bref, la collectivité profite de votre travail. Et, qui plus est, cela permet aussi à des personnes de créer de l'emploi.
Intéressant concept, non ?
Voir aussi : Secteurs d'activité
La provenance des clients
Par Stéphane Cosson le 10 octobre 2009 | (0) Commentaires | Permalink
Une question que nous nous sommes posés avec la Chambre de Commerce et d'Industrie du Tarn : D'où proviennent mes clients ? Quel peut être l'élément déclencheur qui fait qu'ils viennent vers moi plutôt que d'aller vers un concurrent ?
J'ai donc repris l'ensemble de ma clientèle depuis le début, recherché dossier client par dossier client si dans leur courrier, ils me donnaient un élément de réponse. J'ai pu ainsi établir une statistique sur neuf ans. Je ne lui trouve qu'un seul défaut : les résultats sont lissés alors qu'il y a eu des modifications pour le moins notables entre 2000 et aujourd'hui, notamment dans le cadre de ma réputation ou de ma manière de communiquer vis-à-vis d'eux.
Voici ce que je peux déjà en tirer : en 9 ans, j'ai eu 225 clients qui m'ont demandé de leur faire des recherches généalogiques. J'ai une autre clientèle, qui est venue me voir pour d'autres raisons mais je me suis contenté d'analyser uniquement celle-ci.
- 21% sont des personnes que j'ai rencontré aux AD ou qui m'ont été envoyés par les AD.
- 17,77% m'ont contacté par le biais d'Internet.
- 16,40% appartiennent aux associations généalogiques dont j'ai pu être membre. Ils m'ont connu grâce aux articles que je publiais dans les revues, aux réponses que je pouvais donner aux questions posées, aux responsabilités que je pouvais avoir.
- 13,77% m'ont écrit après un premier contact téléphonique.
- 10,66% sont venus par le biais de confrères ou sont des confrères qui m'ont sous-traité des dossiers.
- 7,55% ont suivi mes cours.
- 4,44% sont des contrats décrochés lors de Salons.
- 3,55% m'ont écrit en faisant explicitement référence à un article paru dans une des revues vendues en kiosque.
- 2,66% m'ont écrit en faisant explicitement référence à un autre de mes clients.
- 1% sont venus par le biais de SOS Généalogie.
Les résultats sont donc complètement lissés.Je ne sais pas de plus comment ceux qui m'ont contacté par téléphone au départ ou par Internet m'ont connu, quel a été le facteur déclenchant. Je me suis contenté de noter ce qu'ils m'écrivaient. Mais cela peut donner déjà une première piste de réflexion.
Voir aussi : Secteurs d'activité
Conseils à Jennifer
Par Stéphane Cosson le 9 octobre 2009 | (5) Commentaires | Permalink
Vu le nombre de questions, je pense que cela peut être plus intéressant que je vous réponde par le biais d'une note afin que d'autres puissent en profiter. Je pense même que cela va prendre plusieurs notes.
Convaincre le conjoint qu'il ne s'agit pas que d'une lubie et que la généalogie n'est pas qu'une passion de vieux va être le plus difficile. J'en parle par expérience. Vous allez donc commencer par cela et oubliez l'auto-entrepreneur au moins dans un premier temps. Parce que passer de salarié à entrepreneur n'est pas une chose simple, innée. C'est véritablement de l'acquis. Passez plutôt par une couveuse, une pépinière, une coopérative d'entreprise, ou toute autre chose dans ce style pour solidifier vos bases. Faites-vous accompagner. Ce peut être aussi votre Chambre de Commerce ou la boutique de gestion du coin. Je me fous de la structure, disons-le clairement, mais pas de l'apprentissage, pas de l'accompagnement. C'est vraiment hyper-important.
Blois ne sera qu'une solution partielle, qui va vous donner des pistes. Mais ne fera pas à votre place, n'apprendra pas pour vous. A ma connaissance, elle peut être prise en charge, partiellement.
Convaincre le conjoint va prendre des années. Cela fait neuf ans que je fais ce métier, huit ans que je vis en couple et que mon conjoint n'est toujours pas convaincu. C'est dire l'ardeur de la tâche. Apprenez à être entrepreneur. Vraiment !
Oubliez les 40 000 €. Vous avez une voiture, un ordinateur, du papier ? C'est suffisant comme budget de départ. Le site vous verrez plus tard. Quand vous aurez éclairci ce que vous voulez proposer à vos clients. Quand vous saurez votre zone de chalandise.
Pouvez-vous vous absenter plusieurs jours de file, voire une semaine entière ? Cela ne va-t-il pas gêner vos trois garçons ou votre mari ? Votre étude de marché sera en fonction de ce choix géographique de déplacement. La fréquence des déplacements hors département, c'est vous qui la choisissez. Allez interroger les généalogistes déjà installés de votre secteur et en fonction, choisissez votre secteur, vos services. Qu'est-ce que vous allez apporter pour que des clients viennent, AD en ligne ou pas ?
Voilà ce que je peux vous dire pour le moment. Je réfléchis aux autres questions et je vous fais une nouvelle note dans la foulée.
Voir aussi : Secteurs d'activité
